Parc Maximilien: les bourgmestres bruxellois appellent à l’ouverture d’un centre d’accueil

Le Soir.be – Mis en ligne le 8/08/2017 – Par Lorraine Kihl – Crise des migrants

Inquiété par les campements de fortunes aux abords de la gare du Nord, le bourgmestre de Schaerbeek se rallie aux associations pour demander l’ouverture d’un centre d’accueil pour les migrants en transit.

C ela ne peut plus durer ! Nous ne pouvons tolérer que des équipements publics et privés soient occupés sauvagement. » Bernard Clerfayt (Défi) sonne l’alarme. Dans un communiqué ras-le-bol, publié mardi, le bourgmestre de Schaerbeek appelle le gouvernement fédéral a prendre « enfin ses responsabilités » face à la situation du parc Maximilien et de la gare du Nord « et organise un centre d’accueil temporaire pour toutes ces personnes qui errent dans nos rues (…) La charge ne peut reposer sur les seules épaules des pouvoirs locaux et des associations. »

Selon les estimations de la police et des associations, on estime qu’entre 400 et 500 personnes vivent dans la rue, dispersées entre le parc Maximilien et les alentours directs de la gare du Nord. Des conditions de vie extrêmement précaires qui commencent à sérieusement inquiéter les bourgmestres. Il y a quelques semaines, un cas de tuberculose non soignée a été identifié. Les 150 à 180 « résidents » du parc Maximilien doivent se partager une toilette – « Entre 30 et 45 minutes de file », calcule ainsi un migrant qui n’a pas pu prendre de douche depuis un mois – et les repas sont plus qu’aléatoires, complètement dépendants de la bonne volonté des citoyens et bénévoles.

« Bien sûr, la commune a un rôle à jouer auprès des sans-abri, reconnaît Marc Weber, chef de cabinet du bourgmestre de Schaerbeek. Seulement, les CPAS ne peuvent pas prendre en charge des étrangers qui n’ont aucun statut, comme c’est le cas ici. Et nos services sont saturés. Nous n’avons ni les moyens, ni les locaux pour offrir une solution à ces gens. On cherche des solutions mais le fédéral doit prendre ses responsabilités. »

Utiliser le WTC III, comme lors de la première crise

Le bourgmestre de Schaerbeek se rallie en fait à un appel lancé par le Ciré et Médecins du Monde le 14 juillet. Les organisations exhortaient alors les pouvoirs publics à mobiliser de nouveau le bâtiment WTC III pour en faire un centre d’accueil et d’orientation pour les migrants en transit.

Le gouvernement avait déjà utilisé le lieu au moment de la crise du parc Maximilien, en 2015. L’avantage serait double : il s’agit non seulement d’offrir un toit et des conditions sanitaires dignes à des personnes vivant dans la rue depuis plusieurs mois mais aussi d’assurer un suivi des soins de santé et d’offrir une information « complète ».

L’office des étrangers et Fedasil assurent deux fois par semaine des maraudes afin d’informer les migrants de leurs droits : la possibilité de demander l’asile, le système Dublin (qui prévoie de renvoyer les demandeurs vers le premier pays d’entrée), le retour volontaire. « Theo Francken répète à l’envi que les migrants ne veulent pas rester en Belgique, mais on se rend compte que ce n’est pas tout à fait juste, observe le directeur général de Médecins du Monde Belgique, Pierre Verbeeren. Si on interroge de façon plus précise, on se rend compte que l’Angleterre n’est pas un but en soi. Ils ont simplement peur d’être renvoyés en Italie s’ils demandent l’asile, ce qui est en fait très improbable. »

L’idée d’un centre d’accueil provisoire, à l’image de celui existant à Paris, fait donc son chemin. Le bourgmestre de la Ville de Bruxelles, où se situe le parc Maximilien, affirme être « sur la même longueur d’onde » que son homologue schaerbeekois. Philippe Close aurait d’ailleurs commencé à jeter des ponts entre les différents acteurs du dossier. La Région se dit prête à participer « par souci humanitaire », même si « la responsabilité est fédérale ».

Pas un pas de plus du côté du fédéral
Mais du côté du cabinet Francken, on maintient une position ferme : hors de question de faire un pas de plus. S’ils souhaitent déposer une demande d’asile ou participer à un programme de retour volontaire, les migrants seront pris en charge, dit Francken mais la mission du fédéral s’arrête là.

Point final ? Pas si sûr. Le gouvernement français, qui adoptait un discours relativement similaire, a récemment été contraint de revoir sa position en ouvrant deux centres d’accueil provisoire après que le Conseil d’Etat lui a imposé d’offrir des conditions de vie décente aux migrants, même de passage. Un arrêt pris conformément aux engagements du pays en matière de protection des droits fondamentaux. Des textes dont la Belgique est signataire.

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