Crise des migrants : et maintenant, Omar, 17 ans, mort sous les roues d’un bus bruxellois (OPINION)

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Une opinion de Caroline Intrand (directrice du Ciré, Coordination et initiatives pour réfugiés et étrangers) et Pierre Verbeeren (directeur de Médecins du monde).

Combien de temps faudra-t-il encore attendre la création d’un centre d’accueil pour migrants en transit à Bruxelles ?
Le 3 août 1999, Koita Yaguine (14) et Tounkara Fod (15 ans) trouvaient la mort dans le train d’atterrissage du vol Conakry-Bruxelles de la Sabena. Antoine Duquesne, alors ministre de l’Intérieur, annonçait vouloir modifier la loi sur l’asile en profondeur, afin de la rendre plus cohérente, efficace et respectueuse des droits des migrants. Dans la foulée naissait l’Observatoire des migrations, au sein du Centre fédéral pour l’égalité des chances.
Le 22 septembre 1998, Samira Adamu trouvait la mort lors d’une tentative d’expulsion vers le Nigéria. Elle était étouffée par le coussin que tenait le policier sur son visage pour que les passagers ne l’entendent pas crier. Le Parlement fédéral créait immédiatement la Commission Vermeersch pour drastiquement limiter l’usage de la force dans le cadre des expulsions forcées de migrants.

Le 3 septembre 2015, la mort du petit Aylan Kurdi soulevait l’indignation dans le monde entier. La photo de ce presque bébé syrien, sur les côtes de la Méditerranée, faisait le tour du monde, devenant un symbole de la crise morale de l’Europe incapable d’hospitalité à l’égard de réfugiés. Elle était partagée des millions de fois sur les réseaux sociaux. Le jour même, Angela Merkel et François Hollande s’accordaient sur l’urgence de créer des quotas d’asile, forme post-moderne de l’hospitalité.

Samedi dernier, le 22 juillet 2017, Omar, jeune Soudanais de 17 ans, est mort en tentant de s’accrocher sous un bus allant de la gare du Nord, à Bruxelles, vers l’Angleterre. Omar n’a trouvé aucun responsable politique pour considérer qu’il y avait là de quoi s’arrêter. C’est le silence. Sur les réseaux sociaux par contre, on se déchaîne : « Quand on n’a pas de cerveau, faut pas trop demander », « Voilà comment faire une carpette à bas prix », « Pauvre bus », etc. Une semaine avant le drame pourtant, vendredi 14 juillet, Médecins du monde, le Ciré et Vluchtelingenwerk, alarmaient par courrier officiel le Premier ministre et plusieurs ministres fédéraux : « Avec tous les acteurs européens, nous cherchons des solutions sûres, ordonnées et régulières au phénomène migratoire. Actuellement, personne n’a encore trouvé de solution. […] Tous les pays d’Europe – la Belgique n’échappe pas à la règle. La survivance sur notre territoire, dans le parc Maximilien et à la gare du Nord de Bruxelles, de quelque 300 migrants dans des conditions indignes et insécurisantes nous appelle à chercher ensemble des solutions. »

Cette lettre demandait au Premier ministre de prendre l’initiative de créer, au cœur de Bruxelles, un centre d’accueil et d’orientation pour les migrants en transit. Sur le modèle français. Il serait en effet inexcusable d’attendre que d’autres drames surviennent pour prendre la même décision qu’en octobre 2015, lorsque le gouvernement fédéral ouvrait le WTC 3 aux migrants avant même qu’ils introduisent une demande d’asile.

Ce centre répond simultanément à deux enjeux de nos démocraties, souvent compris à tort comme contradictoires : la recherche de sécurité pour les communautés d’accueil, et la recherche de dignité pour les communautés accueillies ou en transit. La puissance publique sera en mesure de savoir qui est présent sur son territoire; pourra recentrer la fonction de police sur sa mission essentielle, rassurer le voisinage du parc et permettre à la gare du Nord de se concentrer sur les navetteurs. En même temps, les droits humains minimaux seront garantis aux migrants : un toit, de la nourriture et de l’eau pour se laver; des informations sur leurs droits et leurs devoirs; et leur sécurité.

Theo Francken nous a répondu que ces migrants ne veulent pas rester en Belgique et qu’ils ne peuvent donc être aidés. « Le WTC 3 ouvert en 2015 était justifié, alors que le contexte actuel ne le justifie pas. » Rappelons simplement qu’à l’époque, il lui avait fallu deux mois pour accepter l’ouverture d’un centre. Deux ans après, et la mort d’Omar droit dans les yeux, combien de jours devrons-nous attendre ? Aujourd’hui, le cimetière de la Méditerranée déborde jusque dans nos villes. Rupture historique ou errement passager ? Nous sommes totalement mobilisés pour reprendre le chemin de la dignité.

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