Migrant écrasé par un bus à Bruxelles: « On aimerait que ce soit le dernier » – Témoignages

S. F. Publié le mardi 25 juillet 2017 à 14h00 – Mis à jour le mardi 25 juillet 2017 à 17h50 – La libre.be

Samedi soir, un adolescent, qui serait originaire du Soudan, est décédé. Caché sous un bus à destination de l’étranger, il tentait de rejoindre l’Angleterre.

« Au démarrage du bus, il aurait été traîné par terre sur une centaine de mètres avant de tomber à hauteur du boulevard Simon Bolivar », précise un communiqué de presse du procureur du roi de Bruxelles. « L’enquête pour préciser les circonstances de cet accident est en cours. » D’après nos confrères de la Dernière Heure, le jeune homme répondait au nom d’Omar. Il avait 17 ans.

« Ce n’est pas qu’un décès. C’est tout un symbole », entame Caroline Intrand, directrice du Ciré (coordination et initiatives pour réfugiés et étrangers), interrogée par la DH. « On aimerait que ce soit le dernier. La réalité des migrants qui sont au parc Maximilien, c’est la survie. Ils ne sont pas encadrés. Les conditions dans lesquelles ils vivent les poussent à prendre d’énormes risques. Le résultat ? Un jeune se fait écraser par un bus. C’est horrible. C’est un mineur. Il n’a pas à être dans la rue. »

Pourquoi tant de migrants visent l’Angleterre ?

Les migrants qui souhaitent passer de l’autre côté de la Manche ont une dénomination bien spécifique : migrants de transit ou transmigrants. À l’instar des migrants de la Jungle de Calais, leur particularité est qu’ils n’ont aucune intention de déposer asile en Belgique. Ou en France, ou aux Pays-Bas, etc. Généralement, ils tentent de monter à bord de camions parqués sur des aires d’autoroutes, de bus au départ des gares ou de ferry dans le port de Zeebrugge. Beaucoup échouent et reçoivent systématiquement une obligation de quitter le territoire lorsqu’ils sont interpellés.

Trois facteurs motivent les migrants à viser l’Angleterre. Le premier est la langue. « La plupart des migrants de transit qui sont à Bruxelles sont anglophones. Apprendre une langue, c’est le premier pas pour s’intégrer dans une société. Mais quand on part en exil, décider d’apprendre la langue du pays om l’on est, décider de s’intégrer, cela signifie aussi faire le deuil de leur vie ‘d’avant' », explique Caroline Intrand. Le second : les proches. « Généralement les migrants de transit ont des connexions en Angleterre, des proches ou de la famille. » Le voyage vers l’Angleterre fait donc sens pour eux : un proche ou une connaissance, déjà sur place, peut les héberger ou les aider à trouver un travail. Justement, le troisième élément, c’est le travail. « Ils trouvent plus facilement du travail en noir là-bas qu’ici. » En effet, l’absence de carte d’identité dans le pays complexifie les contrôles. Et favorise donc le travail clandestin. Ceux qui perviennent donc en Angleterre estiment que les chances de se faire arrêter et expulser sont minces. Même si le gouvernement britannique a renforcé les contrôles sur les employeurs et les propriétaires immobiliers qui permettent le séjour de clandestins.

Avant de parler d’afflux massif vers l’Angleterre, rappelons que le phénomène de transmigration reste marginal : il concerne quelques milliers de personnes sur des centaines de milliers d’arrivées en Europe. « L’Angleterre a accueilli 35.000 migrants. L’Allemagne, un million », confirme Caroline Intrand.

Pourquoi créer un centre d’accueil pour eux ?

Depuis quelques semaines, à Bruxelles, quelques 300 migrants campent à nouveau près de la Gare du Nord et du Parc Maximilien. Les assocations comme le Ciré, Médecins du monde et Vluchtelingenwerk ont donc proposé la création d’un Centre d’Acceuil et d’Orientation (CAO) aux autorités belges. « Nous n’avons pas encore reçu de réponse », déplore Caroline Intrand, qui estime qu’il faut intervenir maintenant pour éviter de créer « un nouveau Calais ». Pourquoi créer un centre pour des personnes qui ne comptent pas demander l’asile à la Belgique ? « Tout d’abord, pour leur offrir un lieu d’hébergement, de la nourriture, un endroit où se laver. Mais aussi pour les informer. Beaucoup de migrants ne savent pas quoi faire ni à qui s’adresser. Par exemple, les mineurs ignorent qu’il faut qu’ils signalent leur âge. Tout un dispositif existe pour eux mais ils n’en savent rien. L’objectif d’un CAO, c’est aussi de demander aux migrants de prendre une décision. S’ils veulent aller en Angleterre, il faut leur expliquer qu’ils ne peuvent pas. Bref, c’est vraiment offrir de l’aide à ces personnes. Pour le moment, les dispositifs mis en place visent plus à la répression qu’à l’assistance. » L’idée leur vient de France, où des CAO ont été créés en octobre 2015. Ces structures d’hébergement temporaires ont permis aux autorités d’y ‘dispatcher’ les migrants de la Jungle de Calais au moment de son démantèlement. Pour Caroline Intrand, « la France attendu trop longtemps, à Calais et à Grande-Synthe. La situation était devenue ingérable. C’est à ce moment-là qu’ils ont réagi. La Belgique doit agir avant que ça ne devienne le cas ici. »

D’après les associations, une telle installation serait aussi bénéfique pour les services de police. « Les policiers et les migrants jouent au chat et à la souris. C’est une perte de temps et de moyens. Un Centre de ce genre permettrait de libérer des forces de police pour se concentrer sur la sécurité publique, leur mission première », décrivait ainsi Pierre Verbeeren, directeur de Médecins du Monde, la semaine dernière.
S. F.

Témoignages
Platform (facebook) Comité de soutien VSP – Eveline Dal partagé la publication de Françoise Romnee 23 juillet, 11.21- Françoise Romnee – Solidarité avec les réfugiés de la gare du nord- 23 juillet, 10:17
Texte de Thierry Leflot
Omar est mort…
On a distribué presque 700 repas tantôt au parc
Il s’est accroché sous un bus en partance pour l’Angleterre…
On venait de partout ! Liège, Marche, Mons, Bruxelles, Arlon, Syrie, Soudan, Irak, Palestine, Tchad, Sénégal…
Il est tombé et le bus a roulé dessus…
Encouragés par votre générosité, on a distribué des fruits, des sardines de l’eau, des desserts, des vennoiseries…
Il est mort à l’hôpital très vite…
On a échangé des sourires, un liégeois a retrouvé son oncle près de Namur
J’ai sûrement souri à Omar.
Je veux continuer à sourire, pas vous ?
Omar n’ira pas en Angleterre.

Cen Drine- 23 juillet, 11:00 page facebook de Françoise Romnee
Non tu n’étais pas « un des migrants de la Gare de Nord ».. tu étais Omar, 17 ans. Un jeune homme qui rêvait d’Angleterre.
Dieu sait quel chemin tu as parcouru jusqu’ici… pour poursuivre ce rêve… ce rêve d’une belle vie, de l’Eldorado ?
Je pense à tes parents qui, si ils sont encore en vie, se demandent peut-être ce que tu deviens, si tu es « passé » et va pouvoir vivre ce rêve. Ou alors ils ont appris la nouvelle et ils sent effondrés… loin de toi, ne pouvant te voir une dernière fois pour faire leur deuil…
Tu étais Omar, un de ces jeunes hommes souriants… pas un « migrant de la Gare du Nord ».

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