Le 21 Juillet, le bourgmestre d’Etterbeek refuse la première occupation ouverte publiquement

Il est 16.30, lorsque nous nous rassemblons devant l’université du VUB. Nous savons seulement que l’occupation aura lieu dans la commune d’Etterbeek.

Les banderoles étaient déployées.

Nous voilà en marche, confiants du bienfondé de notre lutte : le collectif, Voix des Sans Papiers qui rassemblent des hommes, des femmes et des enfants ne cessent d’errer dans Bruxelles. Jusqu’ici les cinq occupations de logements vides ont nécessité à chaque fois une organisation en logistique, en bras et en stratégies. Ainsi, une occupation légale nécessite une présence préalable de 48 heures dans les lieux avant d’entamer une longue lutte entre les autorités et les propriétaires. Les cinq occupations se sont toutes soldées par des échecs. Une traduction en justice a même été menée contre un de leurs soutiens, l’ASBL Sos Migrants, qui joue un rôle de facilitateur entre les Sans Papiers et les différentes instances publiques.

Aujourd’hui, 21 juillet, les Sans papiers sont rejoints par différentes organisations de la société civile pour ouvrir publiquement une nouvelle occupation de façon « conviviale et festive ».

Nous marchons, sous le battement des musiciens et entamons les hymnes : Sans papiers, sans droits, écrasés par la loi ! So so so, solidarité avec les Sans papiers ! C’est pas les immigrés, c’est pas les Sans papiers, c’est la loi qu’il faut changer ! Ni frontières, ni nation, liberté de circulation !

No one is illegal !

Nous voilà arrivés dans la nouvelle occupation !

Les musiciens battent tambours !

L’emménagement se fait grâce à la chaîne humaine !

A l’intérieur, c’est la danse, la liesse !

La convivialité est de mise : on y vient en famille.

Les prises de parole s’enchainent : les membres du collectif VSP ouvrent la voix.

Puis le temps d’aller chercher des amis au métro et de revenir, nous voyons la police devant la porte avec interdiction de rentrer et de sortir. Des camarades du VSP et des membres de leurs soutiens sont enfermés à l’intérieur. On apprend qu’un camarade s’est fait mordre par le chien surexcité des forces de l’ordre et a dû être transporté à l’hôpital par une ambulance.

Puis survient le bourgmestre, il demande à ce que des portes paroles viennent à la commune pour négocier. Nous attendons anxieusement.

La décision revient comme un couperet. Le collectif VSP ne peut rester dans le bâtiment pour des raisons de non-conformité des normes d’incendie selon les experts envoyés par le bourgmestre. Il propose d’héberger les sans-papiers dans le gymnase de la commune en attendant de trouver une autre solution.

Les négociateurs font un compte rendu de l’entretien aux membres des Sans papiers qui sont à l’intérieur. Nous attendons, fébriles, à l’extérieur. C’est au VSP de se prononcer. Nous les soutenons quelle que soit leur décision.

Le bourgmestre demande la durée du « palabre » et sans plus attendre il fait venir un autocar et renforce le dispositif policier. Le collectif VSP, fidèle à leur habitude de conciliation accepte les propositions du bourgmestre.

Nous acclamons le collectif VSP et leur assurons de notre solidarité par les hymnes et les tambours. Nous formons une chaîne solidaire pour ressortir du batiment leurs maigres bagages. Nous sommes à la fois tristes, en colère mais confortés par la solidarité. L’autocar est mis à disposition des sans papiers. Les enfants, les femmes et les plus fragiles y sont embarqués. Tandis que les autres se rendent au gymnase situé à quelque cinq cent mètres de là. Sans relâche et sous les yeux ébahis des habitants d’Etterbeek, nous entonnons nos hymnes.

Arrivés sur les lieux, nous apprenons de bouches à oreilles que seuls les sans papiers peuvent pénétrer dans le gymnase. Le collectif de la Voix des Sans-papiers viennent pour la plupart d’Afrique subsaharienne et d’office, les forces de l’ordre opèrent une distinction ethnique. Tous les blancs sont refoulés à l’extérieur. Le bourgmestre surgit et nous fait un discours. Pour des raisons de sécurité et d’ordre public, seuls les sans papiers peuvent rentrer. Ils seront encadrés par les forces de l’ordre. Il y a des femmes et des hommes ensemble, vous comprenez il faut être vigilants… il ne veut pas avoir de problèmes. Notre porte parole demande des précisions et propose que quatre soutiens puissent dormir auprès des sans papiers. Parmi nous une voix courageuse s’élève et fait état de notre incompréhension. Pourquoi les soutiens ne peuvent-ils entrer dans le gymnase ? Les sans papiers sont-ils libres de sortir du gymnase ? Pourquoi tant de précautions, ils se sont toujours organisés sans avoir eu recours aux forces de l’ordre ? Le bourgmestre peut-il garantir qu’aucune arrestation n’aura lieu ? Notre porte parole obtient deux heures supplémentaires pour permettre aux soutiens de rentrer à l’intérieur sans entrave pour être auprès des sans papiers. On nous a garanti que les sans papiers seront libres de leurs mouvements dès le lendemain. Un membre des sans papiers intervient pour rappeler au bourgmestre que les sans papiers sont des êtres humains et qu’à ce titre ils ont le droit de se loger dignement. Leur sort est remis entre les mains du bourgmestre, lequel va trouver une solution humaine au problème d’errance. Le bourgmestre rétorque qu’il n’a fait aucune promesse au-delà de ce dimanche mais tentera de trouver une solution.

A. Tsivatou

Pour marque-pages : Permaliens.

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