Espagne. Un millier de migrants, qui cherchaient à rejoindre l’Europe, arrêtés à Ceuta

An African migrant stands on top of a border fence as Spanish police stand guard below during a failed attempt to cross into Spanish territories between Morocco and Spain's north African enclave of Ceuta

Victimes de violences policières régulières, des personnes originaires d’Afrique subsaharienne ont tenté le passage en force vers l’enclave espagnole, considérée comme une zone de non-droit par les associations.

Onze ans après les événements tragiques de Ceuta et Melilla qui s’étaient achevés par la mort par balles de migrants subsahariens tentant de franchir la frontière entre le Maroc et l’Espagne, les clôtures sont toujours debout. Et les postes-frontières inexistants. ­Dimanche, 1 100 migrants originaires d’Afrique subsaharienne ont de nouveau pris d’assaut ces barrières de 6 mètres de haut. Selon la préfecture de Ceuta, ­cinquante policiers ont été blessés, dont six gravement, dans cette tentative ­désespérée de rallier l’Europe. Une centaine de migrants seraient parvenus à escalader en haut de la clôture. Ils y ­seraient restés plusieurs heures avant d’être délogés par des grues. Dotés de barres de fer, de cisailles et de pierres, l’ensemble des migrants ont été arrêtés. Seules deux personnes, grièvement blessées, ont été admises à Ceuta afin d’y être hospitalisées.

Violation du droit international, notamment du droit d’asile

« Ces tentatives d’immigration illégales placent leurs auteurs en marge de la loi. (…) Dorénavant, les auteurs seront présentés devant les juridictions compétentes, qui statueront sur leur possible expulsion du Maroc, et seront condamnés à des peines plus lourdes selon la gravité de leurs actes », ont précisé les autorités. Le 9 décembre 2016, près de 400 personnes avaient déjà tenté de forcer le passage. La confrontation quotidienne avec la police, et les bavures récurrentes, permettent d’expliquer le caractère violent des événements du 1er janvier. En décembre 2015, deux Camerounais d’une vingtaine d’années étaient ainsi morts par asphyxie lors d’une opération d’évacuation d’un campement de migrants dans la ville de Fnideq, au Maroc, à 7 kilomètres de Ceuta. « Il existe des vidéos où l’on voit comment la police marocaine frappe (les migrants) en territoire espagnol, les fait tomber et les expulse », assure Amnesty International, qui définit Ceuta et Melilla comme « des territoires sans droits ».

En décembre 2014, l’Espagne a en outre adopté une loi autorisant la police et les gardes civils à reconduire directement à la frontière marocaine les migrants qui franchissent clandestinement les frontières à Ceuta et Melilla, en violation du droit international, notamment du droit d’asile et du principe de non-refoulement. 15 000 policiers, gendarmes, garde-côtes et douaniers marocains sont ainsi postés en permanence afin de bloquer le passage vers l’Europe. Entre début janvier et le 30 septembre 2016, on estime que quelque 10 800 migrants ont atteint l’Espagne par voie terrestre ou maritime, selon l’Organisation internationale des migrations.

Le Maroc passe de pays de transit à terre d’accueil par procuration

Depuis mi-décembre, le Maroc a parallèlement lancé une campagne de régularisation, passant ainsi de pays de transit à terre d’accueil par procuration. Si 25 000 migrants avaient été régularisés en 2014, on ne sait combien de migrants seront concernés cette fois par la mesure. Fin décembre, plus de 3 000 demandes de régularisation, émanant essentiellement de Syriens, de Sénégalais, de Congolais (RDC) et d’Ivoiriens, ont été déposées dans le royaume. Il y a deux ans, les conjoints de Marocains ou d’autres étrangers en résidence régulière au Maroc, et leurs enfants, les étrangers disposant de contrats de travail effectifs, les étrangers justifiant de cinq ans de résidence continue et ceux atteints de maladies graves étaient concernés par la campagne. Une manière pour l’Europe de déléguer au Maroc la gestion de sa politique d’asile et d’immigration.

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