Ami(e)s Algérien(ne)s cachez-vous ! La chasse est ouverte

7abd0f8086d29dd0cd508234a86d4946-1476106858

Pendant que la Belgique tente de renforcer « la coopération policière avec l’Algérie » sans succès http://www.lalibre.be/actu/belgique/la-belgique-tente-de-renforcer-la-cooperation-policiere-avec-l-algerie-58494a23cd709a48787c4049 et que Théo Francken nous déclare par twitter qu’ils continuent à travailler « derrière l’écran », la chasse continue.

Plusieurs dizaines d’Algériens croupissent depuis des mois, voire un an, dans nos centres fermés, et nous apprenons ces jours-ci encore que d’autres voient leur maison assiégée par une dizaine de policiers armés au petit matin, devant femmes et enfants et amenés en centre fermé en vue d’une expulsion, expulsion improbable vu l’absence d’accord et le refus du consulat d’Algérie dans la majorité des cas de délivrer un laissez-passer…

Serait-ce ça, « le travail derrière l’écran » de Théo Francken ? Utiliser les concerné(e)s et leurs familles comme des otages pour faire pression sur l’Algérie ?

Trois témoignages :

Aujourdhui

Une femme nous téléphone: ils sont mariés officiellement à la commune, ils ont 2 petits enfants, le plus jeune a 8 mois. Ils sont Algériens. Elle a une carte de résidence de 5 ans, lui n’a pas de papiers. On lui a dit à la commune qu’il devait attendre. Dix policiers sont venus à 5 heures du matin il y a 3 jours réveiller tout le monde pour prendre Monsieur et l’amener en centre fermé. Elle est désespérée et ne comprend pas. Nous non plus…

Un homme arrêté il y a 5 jours chez sa copine Belge. Ils l’auraient retrouvé par sa carte Lyca dans le cadre d’une enquête terroriste. Sept combis, pleins de policiers pour venir l’arrêter et l’amener en centre fermé.

Témoignage d’un soutien recueilli auprès d’un homme qui VEUT rentrer au pays et qu’il titre:
“ABSURDITÉ”

Un jeune Algérien de 21 ans veut témoigner pour lui et d’autres de l’absurdité et des mauvais traitements des situations vécues en centres fermés. Les détenus n’ont pas accès à des informations fiables. Ils ignorent ce qui se passe sur leur propre situation. Les avocats ou assistants sociaux des centres ne semblent pas aider non plus. Quand un détenu dit être malade, on l’envoie au cachot où il perd tout contact.

M. est arrivé en Belgique il y a 3 ans, il avait alors 18 ans. Il s’est retrouvé parmi d’autres jeunes laissés pour compte, et a commis quelques vols pour subsister. Sans logement, sans revenus, la vie était dure, il a payé pour cela dit-il. Il veut poursuivre sa vie dignement. Maintenant il aimerait que sa situation se clarifie. Il dit accepter de retourner en Algérie mais apparemment on ne le renvoie pas, mais on ne le libère pas non plus. Il est en centre fermé sans aucune prise de décision dans un sens ou dans l’autre. “Je ne comprends rien”, dit-il, “j’accepte de rentrer en Algérie mais on ne me renvoie pas”. Il veut une décision claire mais ne pas rester en centre fermé où ce n’est pas une vie. Il dit que le ministre belge est allé en Algérie cette semaine mais qu’apparemment rien n’a bougé. Le consulat ne semble pas vouloir donner de laissez-passer pour revenir en Algérie.

Et un autre témoignage :

M. a 37 ans, il est d’origine algérienne et est détenu à Merksplas. Il a été arrêté alors qu’il faisait ses courses, “Je suis rentré dans un magasin et devant tout le monde, alors que je faisais mes courses, ils m’ont embarqué. Je ne comprends pas, je suis légal, pas clandestin, j’ai un numéro provisoire et j’ai déposé une demande officielle à l’OE, j’attends la réponse, j’ai une adresse. Pourquoi ils ne sont pas venus chez moi ? Devant tout le monde c’est pas normal, je ne suis pas un terroriste !”
M. a déposé une demande de séjour pour raisons médicales (9ter). Suite à un premier refus, il a déposé un recours et est actuellement en attente d’une réponse. Au centre fermé à Bruges, on lui répond qu’il n’y a aucune trace ni du recours, ni de son dossier médical. Quand il explique qu’il a déjà subi 3 opérations aux jambes suite à un grave accident de la route et que son dossier se trouve à l’hôpital d’Ixelles, on lui répond “nous on s’en fiche, on a ton passeport et aucune trace de dossier médical, on te renvoie dès que possible”. Quand il explique qu’il a une autre opération prévue dans deux semaines, qu’il faut le laisser terminer au minimum ces soins, on lui répond encore : “Que tu veuilles ou que tu veuilles pas, c’est l’Algérie”.
“Ici c’est le Guantanamo belge, il n’y a pas de Croix Rouge, pas de droits de l’homme, rien. J’ai vu une assistante sociale après deux jours ici, elle a téléphoné en flamand à l’OE, j’ai rien compris et puis elle m’a dit : ‘pas de recours et pas de dossier médical, tu dois partir dans 15 jours !’ Pendant ce temps, M. attend dans la douleur, son état de santé nécessite un encadrement strict: médicaments, séances de kiné, etc., le médecin sur place ne juge pas nécessaire de poursuivre le traitement que le dossier médical prescrit : ” J’ai reçu des antidouleurs un peu mais normalement j’ai besoin d’un gel pour la douleur, mais le médecin m’a dit que je n’en avais pas besoin ici, comme pour le kiné !”

Vendredi 02 décembre, M. apprend qu’une réservation pour le vol du lendemain matin a été faite à son nom, il sera expulsé à 14h. “Je ne comprends pas, on me dit que je vais aller à l’aéroport et que si je ne veux pas monter dans l’avion, je n’ai qu’à le dire là-bas. Ça n’a pas de sens, je veux pas y aller et mon avis sera le même demain. Je ne comprends pas, je ne comprends pas, ça ne sert à rien, ils veulent me faire craquer ou quoi !” M. craint qu’on le contraigne physiquement, il n’est pas en état de se défendre et se déplace avec deux béquilles. Il a besoin de parler, et pourtant M. est isolé de toutes les manières possibles : on lui retire son téléphone, le jour-même et il est transféré dans un autre bloc, impossible de joindre sa famille ou ses amis pour les tenir au courant de l’évolution de la situation. Tout le monde attend….

Ce contenu a été publié dans Récits de luttes, Témoignages, avec comme mot(s)-clef(s) arrestations, Politiques migratoires, rafles, témoignage, Violence. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Pour marque-pages : Permaliens.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *