Le Carnet d’un immigré en centre de rétention (suite)

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3 novembre 2016
Propos recueillis par Yves Lodonou
Nouvelle tentative de refoulement, la 3ème en un mois
Les méthodes varient à chaque expulsion. Les personnes concernées peuvent être informées ou pas du tout. Le rapport avec les agents est à géométrie variable. Des civiles aux forces de l’ordre aux ordres, chacun joue sa partition. L’intéressé est l’objet de tous les traitements inimaginables allant jusqu’aux sévices, atteinte à la dignité humaine, l’humiliation, manque de considération et j’en passe. Nous sommes dans un pays hautement développé et dit civiliser. Les pratiques sont rétrogrades. Lisons ce qui suit :
Témoignage de Houedakor Daté (père de 4 enfants belges, séjour en ordre jusque janvier 2017 et employé) :
Dans la nuit du mercredi à jeudi mon état de santé se dégradait. Ce jeudi matin 3 novembre 2016, je me sentais mal, je me suis rendu à l’infirmerie à 9h30 accompagné par un agent du centre Caricole. L’agent me dit de passer en premier voir l’infirmier car ma journée sera longue. Je ne comprenais pas grande chose à ses propos.
A 12h après le déjeuner j’ai eu mon avocat au téléphone puis deux agents se présentent à moi. Ils me demandent de les suivre au bureau. Ils me disent que l’Assistant Social va venir m’expliquer quelque chose. L’assistant social m’informe que je dois prendre l’avion ce jour. J’ai informé les agents que mon épouse et mes enfants sont en chemin pour me rendre visite. Je leur ai demandé s’ils n’ont pas reçu un courrier de mon avocat. Donc ils ont téléphoné à l’OE, là ils m’ont passé une employée de l’OE. Celle-ci m’a interrogé à propos de mon passeport. Je lui ai répondu que je suis un ancien demandeur d’asile politique et par conséquent je ne pourrais me faire délivrer un passeport. Est-ce que mon pays est au courant ? Je lui ai répondu par l’affirmatif et que mon pays est assez particulier. J’ai demandé à l’employée de l’OE de faire quelque chose car j’attends la visite de mon épouse et des enfants. L’employée a demandé le numéro de téléphone de mon épouse Yolande Lodonou et je lui ai communiqué le numéro.
J’ai téléphoné à mon épouse pour lui dire que l’employée de l’OE va l’appeler. Ensuite j’ai voulu prévenir mon avocat et c’est en ce moment qu’ils ont confisqué mon téléphone.
J’ai dit à l’assistant social de me laisser au centre Caricole en espérant le coup de fil de l’employée de l’OE. Les agents ont opposé un refus et m’ont dit que je devais être conduit à l’aéroport.
Alors ils m’ont mis dans un local d’isolement jusqu’à l’arrivée de la Police Fédérale. Ils étaient environ quatre agents de la police fédérale, ils m’ont passé les menottes et ils m’ont pris en voiture en direction de l’aéroport.
A l’aéroport, ils m’ont mis en isolement avec les menottes les bras à l’arrière puis à l’avant.
Ils ont croisé mes membres inférieurs puis ils les ont ligotés afin d’éviter que je fasse des mouvements. Ils ont couvert les menottes avec un filet.
J’ai demandé à maintes reprises s’ils ont eu des nouvelles de l’OE ou de mon avocat, ils m’ont dit NON
. J’ai demandé à appeler mon avocat ils ont également dit NON.
Après plusieurs heures d’attente dans mon état privatif (menottes aux poignets et pieds attachés), j’ai demandé à introduire une demande d’asile. Les agents de la police ont dit NON.
J’ai demandé à me mouché et à boire de l’eau, ils m’ont pas enlevé les menottes. Ils m’ont faire boire et ils m’ont mis un papier devant le nez pour que je me mouche.
Quelques moments plus tard j’ai été porté comme un bétail dans la camionnette de la police fédérale pour être conduit sur le tarmac de l’aéroport.
Une fois arrivée au pied de l’avion, celui-ci était fermé. Ils ont demandé l’accès ce qui fut fait. Les agents de la police fédérale m’ont porté toujours ligoter pour enfin m’installer à l’arrière dans l’avion. Les passagers du vol Royal Air Maroc (N° ???????) avaient déjà pris place à bord de l’avion. J’ai été encadré par deux agents de la police fédérale. J’ai voulu me lever mais ils ont exercé une pression physique sur moi mais j’ai réussi à me propulser et j’ai crié, crié, crié jusqu’à ce que le piloté est arrivé. Il a demandé à la police fédérale de m’enlever les menottes et les liens des membres inférieurs. Ils ont obtempéré puis ils m’ont conduit dans un local un peu tempéré équipé d’une chaise.
J’avais maux et douleurs dans mon cœur et mes côtes, ils m’ont appelé un médecin. Ce dernier m’a dit qu’il est venu constater les blessures physiques. Je lui ai dit que j’ai aussi des douleurs aux poignets, il m’a répondu que c’est normal. Il m’a pris ma tension et ma température, il m’a dit que c’est normal et que tout va bien. Il m’a dit de voir avec les médecins du centre Caricole alors que ces derniers ne prennent pas en compte mon signalement des traumatismes précédents des autres tentatives d’expulsion. Je revis sans cesse le film de ces moments douloureux de ma vie.
Aux environs de 19h je fus reconduit vers le centre Caricole. J’ai suivi les procédures d’accès notamment la traditionnelle fouille des affaires suivi de l’installation en dortoir.
Je n’ai rien fait, je veux ma liberté, je veux retrouver mes enfants, laissez-moi accéder dans le royaume de la Belgique. J’ai des jumeaux qui sont nés depuis 7 semaines, ils sont belges, ils ont aussi le droit de me voir à leur côté. Je n’en peux plus !
Houedakor Daté
Gsm 0465 617861
Propos recueillis par Yves Lodonou (frère de la compagne de Houedakor et responsable du comité de soutiens) : 0474 378376, yakolod@gmail.com
L’épouse : Mme Lodonou Yolande
L’avocat : Maître Mortiaux Philippe

Pour marque-pages : Permaliens.

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