Sémira Adamu, morte étouffée par un coussin: le symbole des retours forcés

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Il y a presque 20 ans, le 22 septembre 1998, Sémira Adamu, une jeune Nigérienne de 20 ans, trouvait la mort lors de son rapatriement forcé dans un avion en partance de Zaventem. La jeune femme avait fui son pays pour échapper à un mariage forcé.
Sa demande d’asile ayant été rejetée, elle avait été transférée au Centre de rapatriement 127bis à Steenokkerzeel. Lors de la sixième tentative d’expulsion vers le Togo, elle est conduite pieds et poings liés dans l’avion avant l’embarquement. Une fois à bord de l’appareil de la Sabena, elle a commencé à chanter à l’arrivée des passagers. Craignant une rébellion de sa part, les gendarmes qui l’accompagnent ont alors décidé d’appliquer la « technique du coussin ». Sémira Adamu meurt par étouffement. Plusieurs mesures ont été adoptées suite à cette affaire, comme l’interdiction d’expulser les femmes en fin de grossesse, d’injecter des médicaments aux personnes contre leur gré ou l’interdiction de la détention d’enfants mineurs centres fermés.
À l’occasion du 15e anniversaire de sa mort, plusieurs associations tiraient la sonnette d’alarme. Selon elles, un drame du même genre pourrait se produire encore aujourd’hui.
7 Belges condamnés pour rébellion à bord
Selon plusieurs jugements rendus, ces comportements sont qualifiés « d’associaux ».
La semaine dernière, le rapatriement forcé d’un migrant sans papiers à destination du Cameroun a été empêché par six passagers. Ils se sont opposés à son extradition en provoquant « une rébellion à bord ».
En réponse à une question parlementaire du député écolo Benoit Hellings, Théo Francken a ainsi indiqué que l’Office des Étrangers (OE) s’est porté partie civile à sept reprises contre des citoyens belges. Pour chaque cas, les frais d’avocats s’élevaient à 1.300 €. D’ailleurs, les six passagers (3 Français, 2 Allemands et un Camerounais) débarqués la semaine dernière passeront devant le tribunal en décembre.
Selon l’OE, le coût de ces poursuites judiciaires n’est pas le principal problème. L’impact se fait plus sentir auprès des compagnies aériennes. « Si un migrant s’énerve à bord ou que des passagers tentent de créer une rébellion, le commandant de bord ne prend jamais le risque de décoller », indique Dominique Ernould, porte-parole de l’OE. Si l’avion doit faire demi-tour, il faut lui retrouver une place, remettre du kérosène et reprendre tous les tests de sécurité avant le décollage. Certaines compagnies, pour la plupart africaines, n’hésitent d’ailleurs pas à blacklister des passagers.
Pour l’OE, le coût est plus important en ce qui concerne les policiers fédéraux qui accompagnent un migrant lors de son rapatriement. « Dans ce cas de figure, un migrant est toujours débarqué du vol. Il faut alors trouver de nouveaux agents, réserver deux nouveaux vols; un aller et un retour et réserver une autre nuit d’hôtel pour les policiers », continue-t-elle.
Les rébellions à bord sont de moins en moins courantes depuis l’arrivée de Théo Francken (N-VA) au Secrétariat à l’Asile et la Migration, surtout depuis que l’OE peut porter plainte dans ce genre de situation. Il y a dix-huit ans, après l’affaire Adamu, de nombreux retours forcés avaient dû être reprogrammés suite à l’intervention de passagers.

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