Francken étend sa campagne de dissuasion aux réfugiés afghans

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Loïc Fraiture
Le secrétaire d’Etat à l’asile et la migration, Théo Francken, a envoyé cette semaine une lettre aux candidats réfugiés afghans. Cette lettre a pour objet de les dissuader de poursuivre leur demande d’asile en Belgique. Cette année, M. Francken avait déjà fait bondir les associations de défense des droits de l’homme et des réfugiés à deux reprises, après avoir envoyé une lettre similaire aux candidats irakiens.

Dans cette nouvelle lettre, M. Francken insiste sur la longue durée de la procédure (1 an et demi avec recours). Il annonce que l’Afghanistan, et la capitale Kaboul, ne sont pas considérés comme des régions instables par les autorités belges. Il avertit que durant les 4 premiers mois de 2016, « plus de la moitié » des candidats afghans se sont vus refuser le statut. Il prévient que la protection n’est plus accordée que pour une durée de 5 ans et que si la situation change, les réfugiés seront renvoyés de manière forcée après ce délai. Il avertit que les afghans n’ont pas droit à des logements familiaux ou individuels pendant la procédure, contrairement à d’autres types de candidats réfugiés. Il insiste également sur les difficultés d’obtenir le regroupement familial : les délais sont de plus de 9 mois (et ce, après la durée de la procédure d’asile) et menace de retirer le statut en cas d’introduction de faux documents.

Finalement, M. Francken promet un billet d’avion gratuit ainsi que la somme de 500€ (au lieu de 250€) à ceux qui voudraient retourner en Afghanistan. Il promet également une aide du gouvernement belge pour monter un business en Afghanistan… Cette offre promotionnelle court jusqu’au 15 juillet.

Des demi-vérités visant uniquement à dissuader et à intimider

L’Afghanistan n’est pas un pays sûr et a fortiori Kaboul n’est pas une ville sûre. En avril dernier, un attentat à Kaboul a encore frappé : 64 morts et près de 400 blessés. Il y a 3 semaines, un autre attentat a provoqué la mort de 10 autres personnes. Il y a 2 semaines, les talibans ont pris en otage plusieurs dizaines de personnes et en ont exécuté au moins 16. Et la semaine passée, le journaliste américain David Gilkey a été tué. Rien qu’en 2015, ce sont plus de 5000 afghans qui ont été victimes du terrorisme. Si l’Afghanistan est un pays sûr, pourquoi l’armée belge est-elle toujours présente sur place ?

De plus, les délais qui sont donnés par M. Francken sont les maxima prévus par la loi. Beaucoup de dossiers sont traités plus rapidement, malgré les énormes retards accumulés par l’administration. Ces chiffres ne représentent donc pas toute la réalité et sont exagérés dans le seul but de décourager.

De même, lorsque M. Francken avertit que pendant les 4 premiers mois de 2016, « plus de la moitié » des candidats afghans ont été refusés, il omet les chiffres de 2015 qui montrent qu’au total (après recours et grâce aux différents dispositifs) 77% des réfugiés afghans ont obtenu un statut de protection. Il s’agit donc bien d’exagérer et de déformer la réalité afin de dissuader.

L’asile est un droit individuel établi par la Convention de Genève, chaque dossier est examiné sur cette base. Viser un groupe entier de candidats réfugiés et les menacer de la sorte en leur faisant comprendre qu’ils n’auront probablement pas droit au statut de réfugié est discriminatoire et va à l’encontre du caractère individuel du droit d’asile qui prévaut tant dans les faits que dans la législation.

Les réfugiés sont sous le choc

Les réfugiés qui ont reçu cette lettre nous ont directement contactés. Ils sont littéralement paniqués et sont sous le choc. En effet, ils se trouvent en Belgique depuis de longs mois. L’attente de leurs interviews au CGRA et de la décision quant à leur statut est longue et difficile. Les délais sont parfois énormes (ils peuvent même dépasser les maxima légaux) et l’accueil n’a pas toujours été organisé de manière à garantir la dignité des candidats. Cette lettre pèse comme une nouvelle menace qui sème encore plus le doute et sape le moral. D’autant plus que, faute de voies légales et sûres pour demander l’asile ici, les femmes et les enfants de beaucoup de candidats réfugiés sont coincés dans des régions comme la Turquie où ils doivent travailler dans l’illégalité, l’exploitation et l’insécurité pour survivre pendant cette longue attente.

L’asile est un droit et M. Francken agit à l’encontre de sa mission

Nous défendons le droit d’asile tel qu’il est prévu par le droit international et la Convention de Genève. Nous nous opposons à toutes les manœuvres de M. Francken qui visent à dissuader, décourager et intimider les demandeurs d’asile. Il est inacceptable que d’essayer de limiter l’accès à un droit aussi fondamental que celui-là. M. Francken devrait relire le titre de sa fonction. Il n’est pas le secrétaire d’Etat « contre » l’asile et la migration. Le budget qui est mis à sa disposition doit servir à la protection des familles fuyant la guerre et la violence, c’est l’esprit de loi en vigueur et c’est la mission qui lui a été confiée.

Les afghans sont une population particulièrement fragilisée et vulnérable. C’est aussi d’Afghanistan que viennent la plupart des MENAs, les mineurs non accompagnés. Leur pays baigne dans la violence, l’instabilité et la pauvreté. Il a été complètement détruit après des décennies d’interventions militaires, notamment étrangères et occidentales. Notre pays a la responsabilité historique et le devoir moral d’accueillir dignement les demandeurs d’asile afghans et d’examiner leur dossier sans entrave, en respectant la loi et la dignité des personnes. En outre, menacer les afghans de réexaminer la validité de leur protection tous les 5 ans est une entrave à leur intégration et condamne des familles entières à l’instabilité et à la précarité dans la durée.

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