BOUCHE COUSUE

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« Moktar est iranien, il était prof de maths et a dû fuir son pays pour cause de persécution religieuse. Aujourd’hui, il vit dans la « jungle » de Calais. Il a commencé une grève de la faim la semaine dernière avec huit autres Iraniens. Ils protestent contre la démolition des baraquements.

Je connaissais assez peu Moktar avant de prendre la photo, mais il a entendu parler de moi : cela fait cinq mois que je travaille dans la « jungle ». J’ai lancé un atelier de photo avec les migrants, pour qu’ils puissent s’exprimer, communiquer. Je leur ai mis des appareils dans les mains. Nous photographions leur quotidien dans le camp, nous sortons en ville à la rencontre des Calaisiens… J’essaie d’établir un échange culturel avec les locaux mais aussi entre migrants, qui arrivent de pays différents.

Moktar a décidé de se coudre les lèvres. Il m’a demandé de le photographier pendant l’opération. Je voulais le prendre le plus près possible. J’ai eu beaucoup de mal. Il m’a pris la main et l’a serrée très fort. Il a pleuré. A mesure que ses larmes coulaient, mes yeux se mouillaient, je ne voyais plus grand chose. Cela se voit sur la planche contact, beaucoup d’images sont floues… Je ne savais plus si je devais poursuivre mes photos ou tout lâcher pour le soutenir du mieux possible. Je me suis demandée pourquoi, pourquoi tout ça. Comment a-t-on pu en arriver là ?

A la fin, la bouche cousue, il m’a prise dans ses bras, on ne s’est plus lâchés. Depuis, je vais le voir tous les jours. »

Propos recueillis par Victoria Scoffier

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