Iles d’Europe…

Lampedusa – une île

« En venant en Grèce, on croyait entrer en Europe. On vit à la rue, on mange dans les poubelles, la police nous bat. On veut quitter la Grèce pour arriver enfin en Europe. » Ces paroles ont été recueillies auprès d’exilés à Igoumenitsa et à Patras, deux ports grecs d’où partent les ferries pour l’Italie.

La Grèce n’est pas une île, mais elle est pourtant comme une île pour qui y entre et souhaite la quitter vers le reste de l’Union européenne. Les exilés peuvent la quitter par la mer, les ferries, en déjouant les contrôles du côté grec et du côté italien. Ou traverser les frontières entre pays des Balkans, hors Espace Schengen à l’est, hors Union européenne à l’ouest. Pour qui ne peut pas franchir ces obstacles, la Grèce se referme comme un piège inhospitalier.

Ceuta et Melilla ne sont pas non plus des îles. Ce sont des villes espagnoles sur le continent africain. Entourées de grilles qui les séparent de celui-ci. Une fois franchies ces grilles, les exilés sont en territoire espagnol, mais vont pouvoir rester pendant des années parfois sans possibilité d’accéder au reste de l’Espagne, enfermés dans la ville.

La où elle est plus accessible aux exilés, l’Union européenne crée donc des pseudo-îles, qui font partie d’elle-même tout en étant séparées d’elle.

Il y a aussi de vraies îles. La Turquie a une politique très ouverte en terme de court séjour, et les ressortissants d’un grand nombre de pays y viennent sans visa. De là il est possible d’aller dans la partie turque de Chypre, et on peut y passer à la partie grecque. Là on se retrouve dans un pays qui respecte aussi peu que la Grèce le droit d’asile, mais qu’il est aussi très difficile de quitter. Géographiquement c’est une île, mais institutionnellement la République de Chypre ne fait pas partie de l’Espace Schengen. Même muni d’un titre de séjour, on ne voyage pas librement dans le reste de l’Union européenne.

Les îles grecques de la mer Égée sont toutes proches des côtes turques. La traversée de ces quelques kilomètres n’est pas simple, entre les gardes-côtes à éviter et le risque de naufrage sur des embarcations de fortune. Mais une fois arrivé sur une de ces îles, encore faut-il pouvoir la quitter pour gagner le continent. Pour prendre le ferry, il faut un document vous ordonnant de quitter la Grèce dans un délais d’un mois, délivré par la police. Il faut donc se livrer à elle, au risque d’être laissé à la rue parce que le commissariat est encombré, d’être enfermé dans des conditions inhumaines, d’être placé en rétention pour parfois 18 mois, qui peuvent être éventuellement prolongés.

Lampedusa est la terre italienne la plus proche de l’Afrique. Des bateau d’exilés y accostent parfois. L’Union européenne compte environ cinq cents millions d’habitants. L’arrivée de quelques milliers de personnes sur ses côtes est dérisoire. Mais les gardes-côtes ramenaient vers Lampedusa les bateaux chargés de quelques centaines d’exilés, et ceux-ci, d’arrivée en arrivée, n’étaient pas transférés vers la Sicile et le continent. Alors à l’échelle d’une petite île de quatre mille habitants, il était possible de mettre en scène une invasion.

Aujourd’hui, les exilés interceptés par les gardes-côtes et la marine italienne sont emmenés vers la Sicile ou le sud de l’Italie, d’où, s’ils sont relâchés au bout de quelques jours, comme c’est le cas en ce moment, ils peuvent continuer leur route vers le reste de l’Europe. Et où, si leurs empreintes digitales n’ont pas été prises en Italie, ils pourront demander l’asile.

Lampedusa reste le symbole de la tentative désespérée d’exilés d’atteindre l’Europe au risque de leur vie, et de la mort de milliers d’entre eux du fait de la fermeture des frontières européennes.

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