Fermer la route des Balkans? « Une mesure stupide qui isole la Grèce » selon F. Guy Gemenne

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Les dirigeants européens se réunissent ce lundi en sommet, avec le Premier ministre turc, au sujet de la crise migratoire. L’Union souhaite fermer « la route des Balkans » utilisée par les candidats réfugiés pour rallier l’Allemagne ou la Scandinavie. « C’est un plan qui est voué à l’échec, c’est une mesure stupide, qui isole la Grèce et lui fait porter le fardeau de l’accueil et de la gestion administrative de l’enregistrement des demandeurs d’asile » estime François Gemenne, chercheur en sciences politiques à l’ULg et à Sciences-Po Paris et spécialiste des flux migratoires.
Nouvelle route migratoire
Si ce plan était appliqué, « il n’y aurait que deux options possibles: soit la Grèce deviendra un gigantesque camp de réfugiés, soit une nouvelle route migratoire s’ouvrira, par exemple dans l’Adriatique entre Corfou et Brindisi, et les migrants pourraient être tentés de prendre la mer à nouveau pour rejoindre l’Italie… Ce qui présente davantage de dangers, davantage de passeurs et davantage de morts. Toutes les recherches montrent que fermer une route migratoire mène simplement à l’ouverture de nouvelles routes. De même que lutter contre les passeurs ne sert à rien tant qu’il reste autant de candidats qui ont besoin de franchir la frontière et que cette frontière reste fermée. C’est s’attaquer aux conséquences du problème et pas à ses causes » poursuit François Gemenne.
Mort clinique
Selon lui, « l’Union européenne cherche à exclure la Grèce de l’espace Schengen et à parquer tous les réfugiés en Grèce, tous les réfugiés dont elle ne veut pas. C’est une solution profondément égoïste et indigne. Aujourd’hui, le projet européen est en état de mort clinique. On est face à une collection de 28 États qui se comportent chacun comme 28 Grande-Bretagne associées les unes aux autres par des liens économiques. »
« Deal sordide et dégueulasse »
Les dirigeants européens veulent finaliser un accord avec Ankara, selon lequel la Turquie accepterait des « réadmissions » de migrants en situation irrégulière venant des îles grecque. Francois Gemenne qualifie cet accord de « deal sordide et dégueulasse où on va verser de l’argent au gouvernement Erdogan, fermer les yeux sur les violations des droits de l’Homme et de la liberté de la presse, où on va accorder quelques facilités de visa aux ressortissants turcs en échange d’un engagement de la Turquie à essayer de garder sur son territoire des réfugiés qui ne veulent pas rester en Turquie, qui refusent que leur vie s’arrête dans un camp de réfugiés. Cela ne peut pas marcher. Mais le gouvernement turc a beaucoup à y gagner. »

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