Contrôles à la frontière: « On n’est pas là pour sauver la saison touristique à la côte »

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« Il y a là des êtres humains qui se retrouvent coincés dans une situation infernale, inimaginable, qui est celle de la fermeture d’une frontière, alors qu’ils ont un souhait pour essayer d’obtenir une vie meilleure : aller en Angleterre, parce qu’ils connaissent l’anglais, et aussi parce qu’ils rêvent de ce monde anglophone. Ils sont là, parqués, empêchés, dans cet endroit, dans cette Jungle. »

Voilà comment Olivier Vanderaa décrit le quotidien de la tristement célèbre « Jungle » de Calais, où il est actif comme bénévole, ce camp où s’entassent des milliers de réfugiés.

« Un profond déni d’humanité »

« La France tarde à vouloir considérer leur cas, commente-t-il sur la plateau des Décodeurs RTBF ce dimanche. Et, dans certains cas, leur met des bâtons dans les roues. »

À cela s’ajoute la Belgique, qui a décidé mardi de fermer temporairement ses frontières avec la France, après l’annonce du démantèlement partiel de la « Jungle », les autorités belges craignant une « relocalisation » de ce camp sur son territoire, à la côte.

« De manière générale, les réfugiés pensent qu’on ne les considère pas. Il y a un déni d’humanité qui est assez profond », ajoute Olivier Vanderaa.

Il faut « aider les gens en difficulté, en toute circonstance », assure dans la foulée Hendrik Bogaert (CD&V), député fédéral et bourgmestre de Jabbeke (Flandre-Occidentale), commune située à quelques kilomètres de la côte, et du port de Zeebruges où le ministre de l’Intérieur Jan Jambon (N-VA) redoutait un afflux de réfugiés important.

Mais, il y a un « mais » dans les propos de Hendrik Bogaert. « C’est quand même quelque part une concentration d’illégaux, et on a dû faire en sorte de mieux contrôler les frontières, nuance-t-il. On demande aux gens : ‘Est-ce que vous êtes demandeurs d’asile ?’. S’ils le sont, ils sont menés à nos centres d’accueil et la procédure continue. Maintenant, si la réponse est ‘Non, je voudrais rejoindre l’Angleterre’, on est dans une autre situation. Ces gens sont-ils des illégaux ? Peut-être, oui. Et donc, je crois que le gouvernement a choisi la bonne solution. (…) On est très souples la première fois pour ces illégaux qui sont sur notre territoire, mais, la seconde fois, ils seront menés à nos centres fermés, ils doivent quitter notre pays. »

Contrôles à la frontière: « On n’est pas là pour sauver la saison touristique à la côte »
Contrôles à la frontière: « On n’est pas là pour sauver la saison touristique à la côte » – © Tous droits réservés
Éviter un « nouveau drame »

Pour Denis Ducarme, chef de groupe MR à la Chambre, le « renforcement » du contrôle aux frontières (terme qu’il préfère à « fermeture temporaire ») – il s’agissait avant tout d’éviter « qu’un nouveau drame humanitaire tel que Calais se reproduise un peu plus loin ». Une crainte « tout à fait justifiée » au vu des chiffres : « 900 interpellations au mois de janvier » contre « une dizaine auparavant ».

Pour autant, « il ne s’agit pas de refouler ces personnes ‘strictement’ : ils ont la possibilité de sortir de l’illégalité » et de demander l’asile en Belgique, assure encore le représentant francophone de la majorité.

L’asile en Belgique avant une démarche au Royaume-Uni ? « Pas incompatible »

Mais, pour beaucoup, l’objectif, « le rêve » qu’ils veulent poursuivre jusqu’au bout, selon les mots d’Olivier Vanderaa, reste le Royaume-Uni. « Refoulés » côté belge et « maintenus » dans une sorte de no man’s land en France, les réfugiés sont, pour lui, « obligés de risquer leur vie une fois de plus – il y a eu 30 morts l’année dernière – en passant illégalement en Angleterre. Et lorsqu’ils y sont, ils peuvent enfin déposer leur demande d’asile », chose qu’il leur est impossible de faire depuis l’Hexagone.

Il n’y a pourtant rien d’incompatible à demander l’asile en Belgique par exemple, avant d’effectuer la même démarche en Angleterre, lance Denis Ducarme. D’autant que, renchérit Hendrik Bogaert, les réfugiés n’ont « pas le droit de choisir le pays de sa préférence », tel que le définit la Convention de Genève. Une convention que le député CD&V suggérait récemment d’amender.

Contrôles à la frontière: « On n’est pas là pour sauver la saison touristique à la côte »
Contrôles à la frontière: « On n’est pas là pour sauver la saison touristique à la côte » – © Tous droits réservés
« Trop de danger pour le tourisme », estime Hendrik Bogaert

« Je comprends le rêve, mais, dans la réalité, du moment où l’on est en situation de sécurité, il faut demander l’asile à mes yeux, poursuit le catholique flamand, ajoutant qu’il y a selon lui « trop de danger pour le tourisme à la côte belge et l’économie ».

Grincement de dents et semblant de rappel à l’ordre du représentant du MR, pourtant partenaire du CD&V au fédéral : « Ce n’est pas ça qu’il faut dire. On n’est pas là pour sauver la saison touristique à la côte ».

Ni même pour protéger coûte que coûte ses frontières, estime pour sa part André Flahaut (PS), ministre du Budget de la Fédération Wallonie-Bruxelles, appelant à « être plus humains dans l’accueil ». « J’entends parler de nos territoires, de nos règles, etc. Mais est-on, oui ou non, dans l’Europe ? »

C’est une question qui, dit-il, ne doit pas être réduite à ces considérations territoriales et nationales. « Il faut intégrer toute cette question dans l’Europe et dans la réflexion européenne, ajoute le socialiste, se disant par ailleurs « inquiet des dérives » constatées en Belgique et dans d’autres pays d’Europe. Cette Europe qui se désagrège aujourd’hui… On a passé 48 heures à faire en sorte d’éviter que le Royaume-Uni ne sorte peut-être de l’Union; on a passé quelques heures ou quelques minutes pour parler de ces problèmes humains de réfugiés. Il est grand temps maintenant que ceux qui ont encore un cœur dans cette Europe s’unissent pour y apporter des réponses humaines. »

Incapables de créer une réaction sauf quand il y a un petit gosse qui meurt sur une plage
Denis Ducarme le rejoint : il faut « davantage d’Europe », notamment par rapport au plan de répartition. « Il faut que l’ensemble des pays européens prennent l’ensemble de leur juste part. »

Une « part » européenne encore bien maigre pour André Flahaut : « Il y a aujourd’hui un réfugié pour 500 Européens. Au Liban, il y a un réfugié pour quatre Libanais. Et nous sommes, nous, dans des pays riches, européens, très préoccupés par nos marchés, par la compétitivité. Et nous sommes, nous, aujourd’hui incapables de faire une unité, de créer une réaction. Sauf quand il y a un petit gosse qui meurt sur une plage. Là, on se mobilise ».

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