Carte blanche parue dans la « Libre Belgique » du vendredi 5 février 2016

Migrants : entre désespoir et résistance.

A la piscine de Coxyde, un réfugié irakien de 23 ans tente d’aider une fillette en difficulté. Résultat ? Un lynchage politique et médiatique, une tentative d’apartheid par un bourgmestre connu pour son hostilité aux étrangers, une incarcération arbitraire dans un centre fermé. Plus des opérations policières de chasse à l’homme. Huit hommes et femmes acculés au désespoir occupent pacifiquement pendant quelques jours une grue à la Porte de Namur. Résultat ? Des incarcérations, des expulsions forcées de gens qui vivaient depuis de longues années ici, qui s’étaient intégrés comme ils pouvaient. A Calais, un bidonville inhumain, parce que l’Etat français n’honore pas sa mission de protection et d’accueil. Résultat ? Des rafles, des arrestations, des bulldozers, des rescapés livrés au froid et au grand vent, et une campagne inouïe de criminalisation et de mépris. Un gouvernement réactionnaire et quelques réfugiés désespérés au Danemark. Résultat ? Une future loi de confiscation des biens et de l’argent de gens qui n’ont presque plus rien.

Des barbelés en Hongrie et ailleurs. Des projets liberticides en Belgique, visant à précariser l’intouchable statut de réfugié, à durcir les règles du regroupement familial, à lancer un plan d’expulsions massives, à privatiser l’accueil des réfugiés, en bonne entente avec des entreprises de sécurité comme G4S, connue pour son engagement mercenaire dans les Territoires occupés, en Irak, en Afghanistan. En attendant la privatisation des prisons, de l’ensemble des services publics… N’en jetez plus. Partout en Europe, et singulièrement chez nous, les réfugiés, les migrants, les sans=papiers, qui ne connaissent que la guerre, la mort, la précarité, la détresse, la traque, sont l’objet d’une répression, d’une haine sans exemple dans l’histoire récente, sinon le sort réservé aux Juifs dans les années 30 et 40. J’exagère ? Bien sûr, il n’y a pas d’extermination. Bien sûr, la Shoah est une catastrophe sans égale dans l’histoire. Mais des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants meurent sur les routes de l’exil. Mais des dizaines de milliers d’entre eux sont humiliés, diffamés, bousculés, contrôlés, affamés, enfermés, sans que personne ne dise rien.

Dans nos villes, nos quartiers, les sans=papiers résistent. Parce que ce sont des êtres humains, comme nous. Ils ont besoin de pain, de paix, de sécurité, de dignité, comme nous. Depuis deux ans, les collectifs de sans=papiers (ils sont huit : les Afghans, les Latinos, Voix des sans=papiers à Molenbeek, Voix des sans=papiers à Liège, le comité des travailleurs avec et sans papiers de la CSC, le Comité des femmes, le Groupe 2009, le collectif Ebola à St=Josse), à côté de la Maison des Migrants à Ixelles et de la coopérative Collectactif, s’organisent et manifestent. Ils sont une fois par semaine devant le cabinet de Franken ou l’Office des étrangers, ils appellent régulièrement à de grandes manifestations nationales, ils font des marches sur Anvers et Wavre, et même des fêtes, contre mauvaise fortune bon cœur. Ils apprennent de la lutte qu’ils doivent mener. Ils s’organisent au sein d’une coordination nationale, multiculturelle et démocratique, ils se concertent et développent de nouvelles actions avec leurs soutiens du Front d’action des Migrants, de la Plate=forme de concertation composée du CIRE, des syndicats, de la LDH, de SOS Migrants et d’autres associations. Ils vont régulièrement témoigner dans les écoles. Aujourd’hui, ils lancent deux nouveaux projets : l’organisation d’une caravane des migrants, qui sillonnera à partir de février plusieurs villes et communes de Belgique (premiers rendez=vous : Forest, Sint=Niklaas et Liège), où il sera question de rencontrer les élus communaux, les associations locales, les syndicalistes, les élèves, le grand public, dans un effort d’explication et de dialogue ; la publication d’un journal bimestriel, soutenu par la Communauté française, où les sans=papiers eux=mêmes témoigneront, livreront des infos et des analyses.

Après deux longues années de mobilisation intensive, de recherche d’un dialogue impossible avec ce gouvernement de droite dont nous subissons tous, chômeurs, pensionnés, femmes, malades, travailleurs, chaque jour les méfaits, ils se sont résolus à constater qu’ils n’obtiendraient rien, même pas des réponses à leurs courriers. Ils ont donc décidé, avec leurs soutiens belges, de s’adresser à l’opinion publique, aux jeunes, aux démocrates, aux citoyens qui ont conscience que les migrants sont avant tout des hommes, des femmes, des enfants qui cherchent une protection, une simple vie humaine. Dans l’espoir qu’on les entendra, qu’on les regardera, qu’on voudra bien parler avec eux. L’expérience du Parc Maximilien, fruit avant tout de l’incurie volontaire de l’Etat, a montré que des milliers de personnes sont sensibles à ce désastre permanent, et sont prêtes à relever la tête. Plus que jamais, gens de bonne volonté, écoutez=les, rencontrez=les, soyez humains et solidaires.

Serge Noël = SOS Migrants
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