François De Smet: « L’Europe ne peut pas faire sans la migration »

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L’attentat contre Charlie Hebdo est un des événements les plus marquants de l’année 2015 pour le philosophe François De Smet, directeur de Myria (le Centre fédéral Migration): « Cette attaque terroriste, même si elle n’a pas été la plus meurtrière, a été symboliquement forte par son objet, le fait d’attaquer des gens qui tiennent un bout de crayon et qui dessinent, et par la réaction citoyenne en France et dans d’autres pays d’Europe. Ce ‘Je suis Charlie’ manifeste le fait que, dans cette vieille Europe qui n’est pas très sûre de savoir où elle va, on se rend compte que la liberté d’expression existe et doit être défendue. Et puis dans le ‘Je suis…’ qui a été décliné à beaucoup de sauces différentes, il y a aussi cette interrogation : ‘qui sommes-nous?, où allons-nous?’ Comme philosophe je trouve cela très intéressant : ce ‘Je suis…’ qui reste à mon avis l’image de l’année reste déclinable à l’infini. Mais la vraie question est : qui est ‘je’? Je ne suis pas sûr que l’on y ait répondu ».

« L’Europe ne peut pas faire sans la migration »

L’année 2015 a été dominée par la crise humanitaire, poursuit François De Smet : « 60 millions de personnes déplacées, jamais ce chiffre n’avait été aussi fort depuis la Seconde guerre mondiale. Malgré tout l’Europe ne prend qu’une petite partie de ces flux, et c’est cela le plus dramatique. On a une crise humanitaire majeure, on a eu un certain nombre de mouvements citoyens pour accueillir ceux qui ne pouvaient l’être par le réseau d’accueil, mais globalement la réaction de l’Europe est assez triste puisqu’elle tend à fermer ses frontières et se divise entre Est et Ouest. Quand Angela Merkel tente d’ouvrir les frontières, elle n’est pas suivie, donc elle obligée après de se rétracter. On a l’impression qu’on n’a toujours pas en Europe ni de politique d’asile, ni de politique migratoire. Avoir une politique migratoire, ce n’est pas juste prendre la migration comme un phénomène désagréable qu’il faut gérer, mais accepter que la migration nous a toujours construits, sera toujours là, et voir ce que l’on en fait comme Européens, dans notre bulle de relative prospérité économique et de paix. Géographiquement et historiquement, l’Europe est dans une place où elle ne peut pas faire sans la migration ».

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Une réponse à François De Smet: « L’Europe ne peut pas faire sans la migration »

  1. ansay dit :

    Oui, la migration est « la » chance de l’Europe.Cela paraît évident.Pourquoi ne l’est-ce pas?
    Une explication?l’Europe a peur : de perdre son niveau de consommation, de croiser l’étranger et sa différence, de donner à ses jeunes la chance d’entrer dans une histoire personnelle et communautaire.

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