Le barreau bruxellois allume Theo Francken

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Il semblerait que le secrétaire d’Etat à l’Asile et à la Migration, Theo Francken (N-VA), ne porte pas les avocats du barreau de Bruxelles dans son cœur. Dans une interview publiée récemment dans le journal flamand  » De Morgen  » , le secrétaire d’Etat demande aux avocats pro Deo bruxellois d’arrêter de  » recruter des demandeurs d’asile comme clients » .

Une lettre de dissuasion

Tout commence à la fin du mois d’octobre lorsque Theo Francken adresse une lettre aux demandeurs d’asile arrivés en Belgique. Le document énonce une série d’arguments afin de dissuader ces derniers de poursuivre leur procédure. Le secrétaire d’Etat informe les réfugiés que la procédure de régularisation qu’ils s’apprêtent à affronter sera longue et complexe et qu’un dispositif de retour volontaire est mis à leur disposition s’ils souhaitent abandonner leur procédure et retourner au pays.

Le document officiel informe les candidats réfugiés que le délai d’attente est de trois mois avant d’obtenir une première interview à l’Office des étrangers et que les candidats devront attendre une année de plus avant d’obtenir une réponse de régularisation de la part du Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides (CGRA).

La lettre précise aussi que le statut attribué aux réfugiés sera désormais provisoire (cinq ans) et que le regroupement familial, procédure longue et complexe, ne peut être demandé qu’après avoir obtenu le statut de réfugié.

Les avocats pro Deo visés

Le barreau de Bruxelles, qui se charge de proposer une aide juridique gratuite aux demandeurs d’asile, demande à ceux-ci « de ne pas se décourager » . Le barreau de la capitale décide d’envoyer des avocats pro Deo sur le terrain afin d’informer les demandeurs d’asile de leurs droits et de démentir les propos « mensongers » tenus par le secrétaire d’Etat.

L’initiative ne semble pas plaire à Theo Francken puisqu’il demande aux avocats de « cesser de recruter des demandeurs d’asile comme clients » et pointe du doigt l’utilisation d’un « petit bus » stationné devant l’Office dans lequel les avocats attendraient la sortie des demandeurs d’asile pour se précipiter vers eux, dans un scénario à l’américaine en quelque sorte.

Une déclaration qui révolte les avocats concernés, puisqu’elle sous-entend que ces derniers démarcheraient systématiquement les demandeurs d’asile, dès leur sortie de l’Office des étrangers.

Maître Stéphane Boonen, bâtonnier du barreau de Bruxelles se dit, quant à lui, « scandalisé » par le discours du Secrétaire d’Etat. « L’attaque vise ce qu’il appelle les petits bus, c’est-à-dire les combis prêtés par les pompiers de la Ville de Bruxelles installés depuis septembre face à l’Office. Le but de cette initiative n’est pas de démarcher les demandeurs d’asile mais de les aider à surmonter les difficultés administratives et judiciaires que recèle la procédure d’asile » , s’insurge l’avocat.

Des tensions aux couleurs politiques

Le représentant des avocats dénonce également des propos qu’il juge « connotés politiquement » . « Vous vous doutez bien que le projet du barreau, soutenu par le bourgmestre de Bruxelles Yvan Mayeur (PS) et par le ministre à l’Aide à la Jeunesse de la Fédération Wallonie-Bruxelles Rachid Madrane (PS), ne fait pas l’unanimité auprès du secrétaire d’Etat. Ni le régime linguistique de ce service ni l’orientation des intervenants politiques ne correspondent à la doctrine de l’indépendantiste flamand. »

Pour Stéphane Boonen, ce contexte expliquerait en partie la virulence du discours de Theo Francken.

Après avoir essayé de dissuader les candidats réfugiés, Stéphane Boonen estime que Theo Francken tente d’en faire de même avec les juristes en charge de l’aide aux réfugiés. « M. Francken ne souhaite pas que l’on aide les réfugiés. S’ils se retrouvent livrés à eux-mêmes, leur procédure aura moins de chance d’aboutir. »

Le combat continue

Stéphane Boonen nous a toutefois confié que l’action menée par les 140 avocats de première ligne et avocats spécialisés dans le droit des étrangers se poursuivra. « Nous n’avons pas à nous plier aux invectives du secrétaire d’Etat. Ce n’est pas en étranglant les demandeurs et en les laissant sans assistance que l’on va résoudre le problème de l’accueil » , précise-t-il.

Les efforts du barreau ont d’ailleurs été salués à maintes reprises par de nombreuses ONG et par les demandeurs d’asile eux-mêmes. Stéphane Boonen compte continuer le combat en 2016 et espère que les demandeurs d’asile seront accueillis dignement « dans le respect des lois qui nous gouvernent » pour cette année nouvelle.

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