« Nous n’en pouvons plus d’observer 165 réfugiés dormir à la rue chaque jour »

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Belgique La Plateforme citoyenne est débordée par les nombreuses arrivées des demandeurs d’asile. Entretien.

Véronic Thirionet coordonne la communication externe de la Plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés. On se souvient du campement installé mi-septembre au parc Maximilien, où de très nombreux migrants avaient pu trouver de l’aide et un abri de fortune alors que le pré-accueil au WTC III n’était pas encore créé.

Aujourd’hui, la plateforme loue un hangar à faible loyer grâce à un bail précaire contracté par Médecins du Monde. Grâce à cette infrastructure, les choses prennent forme. On y trouve un dépôt de dons, une salle de cours de français, de néerlandais, un local de discussions réservé aux femmes, une école primaire ou encore, un stand médical.

Il y a deux semaines, seuls une cinquantaine de réfugiés étaient présents. Désormais, les demandeurs d’asile occupent l’entièreté de l’espace disponible au Hall Maximilien. En effet, après avoir constaté une accalmie ces dernières semaines, le flux d’arrivées semble avoir repris de plus belle. Pour Véronic Thirionet, il est temps d’agir.

Quelle est la situation aujourd’hui au Hall Maximilien ?

Elle est insoutenable. Les structures de pré-accueil sont complètement saturées et environs 165 personnes doivent dormir dehors chaque jour. Même si l’accueil en famille a été redéployé il y a quinze jours, la Croix-Rouge doit chercher des solutions d’hébergement alternatives comme des hôtels ou des églises car elle ne peut plus accueillir au WTC III qui est complet. Les convocations reçues jeudi à l’Office des étrangers sont prévues pour le 9 décembre seulement.

Comment expliquez-vous ces nouvelles arrivées massives alors que l’on constatait une accalmie ces dernières semaines ?

En interrogeant les personnes qui arrivent, on comprend les mouvements de migration. Ils se font principalement sur des rumeurs. Les personnes qui sont arrivées ces quinze derniers jours, viennent pour la plupart d’Allemagne. Là-bas, on a dû leur dire qu’il y avait moins de monde en Belgique et que les procédures d’asile étaient plus rapides. Nous faisons parfois face à des groupes de vingt personnes qui arrivent ensemble de l’Allemagne. Un tel phénomène apparaît car il n’existe pas de politique commune de l’asile au niveau européen. Les modalités de mise en place de l’accueil sont donc très fluctuantes d’un pays à l’autre. Les migrants repèrent alors vite les pays qui proposent une politique d’accueil plus adéquate et s’y réfugient.

Arrivez-vous à suivre la cadence de ces derniers jours ?

Oui, mais nous avons dû relancer l’appel aux dons. Par exemple, nous avons déjà donné toutes les couvertures que nous avions pour les personnes à la rue. La nourriture aussi est un souci car nous préparons chaque soir parfois presque 500 sandwichs pour nourrir les personnes qui arrivent de nuit, après un très long trajet. Heureusement, nous collaborons avec beaucoup avec les petits commerces du coin, comme des boulangeries qui nous donnent les pains invendus. Plus récemment, nous avons fait appel à des entreprises pour récolter des dons plus conséquents.

Quelles sont vos craintes pour l’avenir ?

Le prochain souci que l’on va avoir, c’est l’hébergement. On ne peut pas continuer à observer 165 personnes qui dorment dehors et rester les bras croisés. La plateforme envisage de plus en plus de trouver un nouveau bâtiment pour héberger en urgence les personnes qui arrivent de nuit, surtout que les conditions hivernales deviennent intenables. Nous craignons, un jour, d’apprendre qu’un migrant est décédé parce qu’il dormait dehors, dans le froid. Nous scrutons le parc immobilier privé dans le but d’obtenir un bail précaire, ne serait-ce que pour quelques mois, le temps que l’hiver passe.

Que pensez-vous de la décision prise par l’Office des étrangers de réduire le nombre d’enregistrements de 150 au lieu des 250 habituels afin de soulager Fedasil ?

Ce n’est pas du tout une solution ! Cela ne désengorge pas Fedasil car les structures en accueil sont déjà complètes. L’Office a d’ailleurs reconnu que le problème provenait aussi des retards pris dans les dossiers. Aujourd’hui le retard est de deux mois ! Le temps que les procédures soient traitées, Fedasil va devoir accueillir les demandeurs d’asile bien plus longtemps que prévu.

Quelles seraient les solutions idéales selon vous ?

Le problème est structurel : il faut ouvrir de nouveaux espaces d’accueil et de pré-accueil. L’Office devrait également engager de nouvelles personnes pour accélérer le traitement des procédures. Si on enregistrait plus de personnes par jour et qu’on avait plus de places en accueil, la Plateforme ne devrait pas exister. Idéalement, 1 000 nouvelles places de pré-accueil devraient être créées.

Que pensez alors des mesures déjà prises par le gouvernement ?

Le gouvernement laisse couler et ne fait rien pour régler le problème. Lorsque j’entends le Premier ministre faire un grand discours sur les valeurs universelles, j’ai envie de dire que cela fait des semaines qu’on les attend. Car la première valeur, c’est la dignité humaine. Ce que l’on voit aujourd’hui dans les rues, c’est de la non-assistance à personne en danger. Il est vrai que les priorités sont aujourd’hui sécuritaires. On est capable de débloquer 400 millions pour mettre plus de policiers dans les rues mais il ne faut pas pour autant oublier les réfugiés.

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