Innocent mais sans-papiers. Blessé par le Raid à Saint-Denis, la préfecture veut expulser Ahmed

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Corinne Rozenn

Dégueulasse. On savait l’Etat impitoyable. C’est ce que Hollande a promis aux terroristes. C’était pour mieux faire oublier que ce même Etat raciste est impitoyable avec celles et ceux qui sont en bas de l’échelle sociale, surtout quand ils sont sans-papiers. C’est le cas d’Ahmed, blessé par le Raid lors de l’assaut mené contre l’appartement de Abaaoud à Saint-Denis, absolument étranger à l’affaire, mais visé aujourd’hui par un arrêté d’expulsion.

La faute de Ahmed, peintre en bâtiment de 63 ans, en France depuis neuf ans ? Avoir habité dans un studio mitoyen de l’appartement prêté au commando mené par Abaaoud. A l’aube, le 18 novembre, il est réveillé par une explosion qui souffle sa porte. Les forces spéciales de la police qui rentrent à l’intérieur de l’appartement savent qu’il ne s’agit pas de la planque des djihadistes, mais ils veulent s’assurer que les deux appartements, situés sur le même palier, ne communiquent pas. Alors que la vérification est faite, au lieu d’exfiltrer le sexagénaire de son logement, la police lui dit simplement de se cacher.

C’est alors que l’appartement d’Ahmed est pris sous le feu de la police, qui arrose à l’arme automatique et à l’explosif l’ensemble de l’immeuble, et plus particulièrement l’étage de l’appartement où est retranché le commando. Ses quelques biens, une télé, un frigo, sont percés par les balles des snipers du Raid. Le lavabo éclate. Mais lorsque les coups de feu cessent, après 7h du matin, une fois que les djihadistes ont tous été tués, la police lui intime de rejoindre sa fenêtre, dont les carreaux ont été arrachés, les mains en l’air. Il s’exécute, tétanisé. C’est alors qu’il est atteint au bras par la police qui lui tire dessus.

Evacué à l’Hôpital de la Pitié-Salpêtrière où il est soigné pour blessure par balle, on le renvoie immédiatement après à Levallois. Dans les locaux de la Sous-direction antiterroriste, on lui notifie sa garde-à-vue dans le cadre de l’enquête sur les attentats, avec lesquels il n’a strictement rien à voir, à l’instar de six autres gardés-à-vue. Le seul qui est aujourd’hui encore dans les locaux de la police antiterroriste, c’est le huitième garde-à-vue, le loueur de l’appartement de la rue Corbillon. Quatre gardés-à-vue, au moins, ont été arrêté et détenus pendant plus de 48 heures uniquement parce qu’ils habitaient dans l’immeuble où s’était retranché Abaaoud.

Mais le pire reste à venir. Alors que Ahmed est relâché, innocenté… on lui fait savoir qu’il est sous le coup d’un arrêt d’expulsion. Toujours très pointilleuse lorsqu’il s’agit de papiers, les descendants des flics de Vichy se sont rendu compte que le sexagénaire séjournait de façon irrégulière sur le territoire français. Qu’importe la blessure, inutile de faire valoir ses droits en tant que victime : Ahmed est prié de quitter la France. A Saint-Denis, l’émotion est grande, et son avocat à d’ores-et-déjà annoncé qu’il allait introduire un référé-suspension pour contrer l’arrêté.

Inutile, après une telle affaire, de demander aux électeurs de voter socialiste pour contrer le « FN et son discours de haine », comme le demande Claude Bartolone, qui mène les listes de la majorité présidentielle aux régionales en Ile-de-France. Le gouvernement socialiste a un certain savoir-faire, en matière der ratonnades, appris de Maurice Papon, le grand ami de Mitterrand : des ratonnades officielles, à balles réelles, et sous couvert de l’état d’urgence.

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