Migrantes et réfugiées : la double peine

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Longtemps, dans l’imaginaire collectif a subsisté l’image de l’immigré comme un homme voyageant seul, quittant sa terre et sa famille (car les femmes c’est bien connu restent à la maison), une vision en partie instrumentalisée par l’extrême droite et sa rhétorique sur l’invasion…

Pourtant, les migrations ont de plus en plus un visage féminin : 49 % des migrants à l’échelle mondiale sont des migrantes.

Pour beaucoup, les femmes arrivées en France dans les années 60 et 70 l’ont été au titre du regroupement familial. Mais aujourd’hui, elles aussi fuient les guerres, les famines, les désordres climatiques, mais aussi les violences, le sexisme ou la lesbophobie de leur pays d’origine.

Un voyage dangereux

De nombreuses femmes réfugiées arrivées récemment en France ont fait état de violences subies au cours de leur voyage. Même si la parole est difficile à libérer, rendant l’ampleur du phénomène difficile à mesurer, on imagine très bien à quel point elles sont une proie facile pour des passeurs. Certaines évoquent des viols, des mariages forcés, des femmes jetées à l’eau, accusées de sorcellerie… Mais le danger peut tout aussi bien venir des compagnons de voyage, gardiens de camp, gardes-frontières ou policiers, qui monnaient contre un rapport sexuel une portion de nourriture, un passage, une protection temporaire.

Une installation plus difficile

L’arrivée en France ne signifie par pour autant la fin de tous les soucis. Les restrictions du droit familial ont rendu les femmes migrantes plus dépendantes de leur mari. À cause d’un chômage plus élevé chez les femmes, de difficultés à trouver un emploi, elles ont moins d’autonomie financière, donc de libertés (y compris celle de se séparer). Rendues ainsi vulnérables, sans papiers, elles sont obligées d’accepter des boulots difficiles, sous-rémunérés et deviennent des proies faciles pour tout type de trafics.

Les femmes représentent désormais en France la moitié des immigrés, et sont aussi le nouveau visage d’une immigration jeune et diplômée (38 % d’entre elles ont un diplôme supérieur) mais subissent encore plus que les hommes le déclassement social. Ayant du mal à faire reconnaître leurs compétences et leurs diplômes, elles sont renvoyées à des tâches para-domestiques : nettoyage, soin des enfants…

Jusqu’ici largement invisibilisées, ou vues simplement comme le prolongement de leur compagnon, les femmes migrantes et réfugiées cherchent à faire reconnaître leur place, leurs droits, et à lutter contre toutes les oppressions qu’elles subissent.

Hélène Pierre

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