Allemagne. 4000 jeunes en grève contre le racisme et l’État

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Alexej Geworkian, Berlin

Jeudi 19 novembre, plus de 4000 jeunes ont parcouru les rues de Berlin en solidarité avec les réfugiés. Ils ont manifesté contre les mobilisations racistes comme Pegida et les restrictions du droit d’asile. D’autres manifestations et actions ont eu lieu à Brême, Francfort et Munich. Dans le climat réactionnaire actuel, l’extension du mouvement antiraciste est plus nécessaire que jamais.

« Refugees welcome ! » criaient les plus de 4000 lycéens et étudiants, qui ont manifesté de la Potsdamer Platz jusqu’au campement provisoire situé sur le site de l’ancien aéroport de Tempelhof. Ils ont suivi l’appel du collectif « Refugee Schul-und Unistreik » (Grève lycéenne et étudiante en solidarité avec les réfugiés) pour cette deuxième grève depuis le début de l’année qui est une démonstration importante contre l’actuelle politique d’asile. La manifestation n’était pas seulement dirigée contre la politique gouvernementale, mais aussi contre les mouvements et partis comme Pegida (les Européens patriotes contre l’islamisation de l’occident) et le parti souverainiste « Alternative pour l’Allemagne » (AfD), avec le slogan « Qu’il soit de Pegida ou de l’État, à bas, à bas le racisme ! ».

Les préparations de la manifestation ont commencé tôt le matin, et à 10h, toujours plus de jeunes remplissaient la place. Plusieurs petites manifestations ont convergé des différents quartiers en passant de lycée en lycée. Plusieurs centaines d’autres sont aussi venus avec des amis et des camarades de classe qui voulaient manifester contre le racisme. Le slogan « Kein Mensch ist illegal » (aucun humain n’est illégal) a été beaucoup repris sur les pancartes.

Dès le début du rassemblement, l’organisation « Revolutionär-kommunistische Jugend » (la jeunesse communiste-révolutionnaire) a tenu un discours très clair : « Nous, jeunes, que nous soyons lycéens, étudiants ou apprentis, voulons faire de cette grève étudiante et lycéenne une grande démonstration de solidarité. Nous montrons que les jeunes ne sont pas prêts à accepter le racisme de l’État et de la droite. »

Les élèves en grève des centres de formation secondaire pour la sécurité sociale (enseignement secondaire professionnalisant), Jane Addams et Anna Freud, ont expliqué ce que le mot « social » signifiait pour eux : « Montrer sa solidarité avec les réfugiés et combattre le racisme ». Ils ont aussi lié le combat contre les mouvements et partis racistes au combat contre le racisme dans le système éducatif et pour l’ouverture des écoles aux réfugiés.

Une jeunesse combative dans la rue
Lorsque le cortège s’est mis en mouvement, plus de 4000 lycéen-ne-s et étudiant-e-s étaient arrivés. Le fait qu’au cours de la manif, tant de jeunes aient exprimé de façon très combative leur rejet de la politique gouvernementale devant le ministère de la Défense et le siège de la CDU était impressionnant. À une autre étape du parcours, devant le centre social de gauche « Drugstore » à Schöneberg, des slogans de soutien avec les lieux autogérés menacés d’expulsions ont été aussi lancés.

Il est significatif que la banderole de tête ait été portée à la fois par des lycéens et par des réfugiés. Parmi eux, de nombreux réfugiés afghans ayant dépassé leur période d’autorisation à résider sur le territoire et menacés d’expulsion vers le très « sûr » Afghanistan. Tandis que la Bundeswehr augmente ses troupes sur place et retarde son retrait définitif, le gouvernement souhaite y expulser toujours plus de réfugiés. Dans leur intervention, les réfugiés afghans n’ont pas eu peur de nommer les responsables de la misère dans leur pays : « C’est l’OTAN qui a détruit notre pays et nous empêche de le reconstruire. C’est pourquoi nous exigeons le retrait de l’OTAN de l’Afghanistan ! »

Alors que ces dernières années, des centaines de réfugiés se sont battus dans tout le pays pour leurs droits, ils ont été très touchés cette année par les campagnes racistes et les agressions. Depuis janvier on a recensé plus de 500 attaques contre les centres d’hébergement des réfugiés. La police laisse ces criminels d’extrême droite impunis, tandis qu’elle s’attaque aux manifestant-e-s antifascistes et pourchasse activement les réfugiés.

Il était clair pour tous les manifestant-e-s que les réfugiés sont partie prenante, en tant que sujets, de la lutte contre la violence raciste et pour l’extension des droits civiques. Tandis que les réfugiés afghans exigeaient sur leur banderole le droit pour eux de rester en Allemagne, la manifestation a résonné pendant tout le parcours du slogan « Bleiberecht überall ! » (Droit de rester partout, pour tous !).

Un exemple à suivre, dans le contexte réactionnaire actuel
Un jour plus tôt, la terreur continuait à Paris, où sous couvert d’état d’urgence, les policiers français et les militaires faisaient la chasse aux terroristes. À Hanovre, un jour plus tôt, un match de football avait été annulé à cause d’une soi-disant menace terroriste. Il était donc logique de se solidariser avec ceux qui appartenaient aux victimes de la nuit de carnage à Paris, et qu’ils nomment dans le même temps les auteurs de la crise et de la guerre : les puissances impérialistes des États-Unis, de la France, de l’Allemagne…

Au milieu de ces terribles événements, dans ce climat de racisme bouillonnant en Allemagne et en Europe, il était donc particulièrement important d’aller dans la rue pour refuser de manière claire la politique impérialiste. Les milliers de jeunes qui sont allés dans la rue sans crainte et sans baisser la tête contre la violence raciste de l’État et des nazis ne donnent pas qu’un motif d’espoir d’amélioration, ils peuvent aussi représenter le point de départ d’un tournent antiraciste. C’est plus que jamais nécessaire, car les événements de Paris sont utilisés par les partis bourgeois pour renforcer la chasse aux immigrés, mais aussi limiter les droits des jeunes et des travailleurs. On voit déjà cela en France, où la mesure militaire et antidémocratique d’état d’urgence a été aujourd’hui prolongée à trois mois.

Quelle stratégie ?
En cette journée ensoleillée, il y a eu non seulement des interventions de jeunes militants et de réfugiés, mais aussi de travailleurs. Ainsi, un conducteur de métro a lancé aux syndiqués de Verdi la question de savoir comment les expulsions pourraient être empêchées. Dans le contexte de la plus longue grève de la Lufthansa la semaine dernière, il revint sur la proposition d’une grève des pilotes, qui pensaient refuser de renvoyer les réfugiés dans leurs pays d’origine. Cela est déjà arrivé, mais comme politique directe d’un syndicat, ce serait une arme puissante.

Des milliers de jeunes ont aujourd’hui montré de façon énergique leur refus de la politique du gouvernement et des mouvements racistes comme Pegida. Cette énergie doit être tournée vers les travailleurs de manière stratégique, afin que l’étincelle puisse aussi gagner par des grèves d’autres secteurs et paralyser l’ensemble de l’économie. Car comme le disait le conducteur de métro du syndicat BVG : « Il est primordial que nous nous battions pour notre avenir. »

Ce combat pour l’avenir continuera après la manifestation de clôture, où les réfugiés auront de nouveau la parole. Et dans quelques semaines, il y aura une autre manifestation, organisée par des personnes forcées par l’État allemand de vivre dans des camps de migrants. La combinaison de grève des universités et des lycées en soutien aux réfugiés est prévue à nouveau et sera une force de propulsion du mouvement. Aujourd’hui, un signal fort a été donné aux dirigeants dont la politique réactionnaire se heurte à la résistance de milliers de jeunes qui luttent pour les droits démocratiques et sociaux des réfugiés. Mais le programme réactionnaire du gouvernement et de la droite ne peut être combattu que si ce mouvement se transforme en une force sociale organisée.

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