La frontière de la honte

Pentax Digital Camera

Tout l’été et encore à présent, des hommes, des femmes et des enfants traversent les Balkans vers le centre de l’Europe. D’abord à pied, à bicyclette, en taxi. Puis les gouvernements se sont mis à acheminer les personnes en car ou en train, des camps de transit ont commencé à être mis en place. Une politique ambiguë, chaque État est près à faciliter la traversée de son territoire, mais avec la peur que l’État suivant ferme sa frontière et qu’il faille accueillir les réfugiés bloqués.

Mais bon an mal an s’est mis en place quelque chose qui tient à la fois du corridor humanitaire et du labyrinthe, et permet d’arriver jusqu’en Allemagne.

Avec une exception, la Hongrie, qui a fermé ses frontières de clôtures et de barbelés, avec la Serbie, avec la Croatie et pour partie avec la Roumanie.

Arrivées en Allemagne, des personnes veulent continuer leur route vers la Suède et la Scandinavie. Des volontaires les accueillent dans les gares de Hambourg, Rostock ou Lübeck, les orientent vers des lieux d’hébergement où elles pourront passer quelques jours et leurs donnent les informations nécessaires à la suite de leur voyage, comme les horaires des ferries ou des trains et où acheter les tickets.

http://live.w2eu.info/germany/11/06/informations-about-transitroutes-from-germany-to-schweden/

Des volontaires les accueillent dans les gares, les orientent vers des lieux d’hébergement et leur donnent des informations sur comment prendre le ferry et continuer leur voyage.

Et on pense aux kilomètres de grillages coiffés de barbelés qui défigurent Calais, jumeaux de ceux qui ferment la frontière hongroise. À ce bidonville où les autorités ont concentrés les exilé-e-s à l’écart de la ville, et où la police entrave jour après jour l’aide humanitaire (voir ici et là). Aux rafles quotidiennes et à l’envoi des personnes arrêtées dans des centres de rétention aux quatre coins de la France (voir ici, ici, ici et là). Au fait qu’il faille traîner l’État en justice (voir ici et là) pour qu’il installe des points d’eau et des toilettes, ou pour qu’il se soucie des mineurs.

On pense à cette vidéo qui tourne sur le net :

Nous sommes le soir du 2 novembre. Depuis plus de deux heures, les policiers tirent des lacrymogène sur le bidonville depuis l’autoroute. En pleine lumière des jeunes les défient et leur jettent des pierres. Mais on voit sur ces quelques minutes de film que les lacrymogènes lancés par la police tantôt visent ces jeunes, tantôt sont lancés au milieu des tentes. C’est la troisième fois que la police bombarde le bidonville de gaz.

En regardant ces images, on pense à la Palestine, ou on pense à ces mêmes jeunes, ou à leurs frères, il y a quatre ans, pendant le printemps arabe, défiant par les mêmes gestes les polices des dictatures égyptienne, tunisienne, syrienne. Au chemin qu’ils fait pour venir jusqu’ici.

On pense à la frontière hongroise, à nouveau :

https://exilesdanslesbalkans.wordpress.com/2015/09/30/visages-deurope-horgos/

Et on repense à ces volontaires accueillant les réfugié-e-s dans la gare de Hambourg ou de Lübeck, « bienvenue, voilà où vous pourrez dormir ce soir, puis vous prendrez le ferry, ça coûte 40 euros, et vous arriverez à destination ».

Et on mesure à quel point Calais est au cœur d’une Europe de la honte, cette de la fermeture, des clôtures et des barbelés, des gaz et des violences policières, des bidonvilles et des rafles, celle de Viktor Orban, François Hollande et David Cameron.

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