Calais. L’Etat impose la « loi de la jungle », la Justice le somme de ménager la misère

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Philippe Alcoy

Saisi par le Secours catholique, Médecins du monde et six demandeurs d’asile, le tribunal administratif de Lille vient de sommer l’Etat d’agir vis-à-vis de la situation dans la-dite « jungle » de Calais. Pour certains il s’agit d’une victoire partielle, une très maigre consolation dans une situation humanitaire terrible, une vraie sommation à l’Etat pour qu’il « ménage la profonde misère ».

Ce dont on parle ici n’est pas une « jungle » mais bien un bidonville. Un bidonville où s’entassent six mille personnes. Un bidonville où s’entasse la misère. Des « candidats à l’émigration » que l’on humilie, que l’on affame littéralement, que l’on réprime surtout. Et ce « on » n’est personne d’autre que l’Etat français.

Celui-ci a été sommé par la Justice de procéder au recensement des « mineurs isolés en situation de détresse » et de se rapprocher du département du Pas-de-Calais « en vue de leur placement ». Il doit aussi, dans un délai de huit jours, créer dix points d’eau supplémentaires, alors qu’il n’y a que trois actuellement ; mettre en place cinquante latrines, instaurer un système de collecte des ordures et des bennes supplémentaires, procéder au nettoyage du site et dégager un accès au camp pour les services d’urgence.

Ces mesures représentent à peine le minimum face à l’ampleur de la crise humanitaire à Calais. C’est dans ce sens que les requérants avaient demandé la réquisition des bâtiments vides pour loger les personnes qui sont confinées dans le bidonville. Une solution qui constituerait en un premier pas pour répondre à la crise. Cependant la justice a refusé cette demande.

Quant à l’assistance médicale, tout reste dans le flou. La justice s’en remettrait aux annonces du gouvernement indiquant une amélioration de l’assistance médicale, ce que les associations dénoncent comme complètement insuffisant notamment dans les conditions de vie dans lesquelles se trouvent les migrants.

Comme affirmaient récemment un groupe de volontaires dans une tribune dans Le Monde : « médicalement, ce que nous avons vu dans ce bidonville est inacceptable. Une épidémie de gale terrible (…) Des jeunes aux mains et aux jambes lacérées par les barbelés qui entourent le site d’Eurotunnel. Ces clôtures déchiquettent la peau de manière anarchique et il est difficile de rapprocher les berges pour les suturer en laissant une cicatrice nette et indolore. Les très mauvaises conditions d’hygiène favorisent, ensuite, les infections ». Dans cette tribune ils qualifient ainsi les conditions du « camp » : « On ne s’y croit plus en France mais dans un pays pauvre. Ou en guerre. Ou victime d’une catastrophe. Et encore… L’une de nous était en Albanie, près de la frontière du Kosovo en 1999 : le camp de réfugiés était mieux tenu, tous avaient un abri ».

En ce sens, cette « sommation » de la Justice à l’Etat français n’est en rien une injonction à résoudre la crise humanitaire à Calais mais simplement à rendre « vivable » l’enfer du bidonville. Une politique néfaste qui vise à faire perdurer la situation d’extrême précarité dans laquelle se trouvent les migrants, exposés à des agressions, souffrances et surtout à plus de répression de la part de l’Etat.

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