Le badge d’identification proposé par Jan Jambon: quelques éléments de réflexion livrés par Vincent Decroly

téléchargement (3)

Lors du dépôt de leur demande d’asile, les demandeurs d’asile reçoivent un document (« une annexe » numérotée) de l’Office des étrangers, sur lequel est reprise leur photo d’identité digitalisée, puis il reçoivent de l’administration communale sur le territoire de laquelle ils résident une attestation d’immatriculation (ce qu’ils appellent souvent « la carte orange »), où figurent l’ensemble des données d’identification de la personne (nom, prénom, date et lieu de naissance, adresse, photo d’identité, numéro dit « de sûreté publique »…) et des infos relatives au document lui-même (commune et date de délivrance, période de validité). On ne voit donc absolument pas ce que le badge est censé apporter de plus, si ce n’est
– un joli business à connotation « high-tech-qui-fait-moderne », ce qui rappelle la tentative d’imposer le vote électronique avec l’appareillage et la main-d’oeuvre qui vont de pair, pour une rentabilité de l’investissement public que tous (ou presque) s’accordent enfin à reconnaître négative (sauf pour les Siemens, Olivetti et autres Hewlett Packhard… en attendant que Bosch bidouille un indétectable module de fraude électorale purement technologique, comme il a conçu la fraude environnementale célèbre depuis quelques semaines) ;
– de l’eau au moulin des préjugés auxquels des habitants de Chastret (Walcourt) ont donné libre cours hier soir, lors d’une réunion d’information de FEDASIL à propos de la prochaine arrivée, dans un ancien home pour personnes âgées du village, d’une centaine de réfugiés (cette dame qui exprimait benoîtement son sentiment d’insécurité : « comment vais-je pouvoir continuer à faire mon jogging ? », « ici, tous les jardins ne sont pas clôturés, que va-t-il advenir ? » !…) ;
– un bout de plastique nuisible à l’environnement : l’explosion de ce type de cartes dans tous les domaines de l’activité administrative et commerciale devient préoccupante, car leur fabrication et, comme elles sont très peu biodégradables, leur élimination dégagent des émanations dont certaines sont sûrement toxiques… ;
– la possibilité, pour les centres d’accueil dits ouverts, de se refermer progressivement et facilement : dans certains, appelés « centres de retour » depuis De Block, une famille n’est déjà plus autorisée à sortir toute entière. Les sorties ne sont autorisées que si un membre au moins reste dans le centre… On n’a donc pas juridiquement une détention ni une rétention administrative au sens plein du terme, ce qui permet à l’Etat d’échapper à certaines normes internationales à respecter lorsqu’on est dans ces cas de figure. Il ne faut pas beaucoup d’imagination pour se représenter demain, lorsque tous ces badges auront été distribués à leurs bénéficiaires, l’installation de portiques de type « métro », qui vous laissent passer si votre badge est correctement codé, mais vous retiennent si sa bande magnétique a été programmée pour que vous ne passiez plus…
Cette évolution vers l’hypercontrôle et le recueil de données de plus en plus massif à notre insu ne se matérialise pas que dans les projets de Jambon. C’est un mouvement à l’oeuvre dans toutes les sphères de notre société, y compris dans le monde rural par exemple, avec le « puçage » de tous les animaux d’élevage « pour permettre aux services de contrôle d’avoir en permanence et en temps réel une vision précise du cheptel » (écrit tel quel dans des documents qui promeuvent ce progrès). Un lien pourrait donc être fait avec une problématique qui ne concerne pas que les citoyens sensibles au sort des réfugiés, mais aussi les agriculteurs, notamment… On est à la fois dans l’idéologie de la connectivité à tout va (« accédez sur votre ordi au bureau à l’image de votre chambre, que votre caméra file non-stop quand vous n’y êtes pas »). Le « just in time », qui a colonisé les esprits depuis plus longtemps, est en train d’opérer lui aussi, par ce biais, un saut qualitatif et quantitatif important…

Pour marque-pages : Permaliens.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *