Je vous présente Kamran, il a 26 ans.

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Kamran est arrivé en belgique « par hasard » en 2012. Il a la voix très douce. Lui aussi est souriant.
Comme les autres, il a fuit son pays, l’Afganistan, la guerre, les représailles, les menaces. « Tu sais, c’est dur de ne pas savoir s’ils vont venir aujourd’hui, ou demain, si tu seras encore en vie ce soir. Ils s’introduisent dans les maisons, tu n’es en sécurité nulle part »
Kamran parle de son pays avec amertume, des montagnes sèches et arides. Mais il y vivait bien, avec sa famille.
Un jour, les américains sont arrivés pour apporter « la paix ». Kamran parle anglais et était employé au service logistique d’une base de l’armée. « J’étais très heureux là bas, j’étais bien payé, il y avait une piscine, j’allais au fitness ». Cela a fait de lui un ennemi des talibans. Ils ont envoyé une lettre à ses parents dans son village natal, « ton fils ne doit pas travailler pour les américains. » « Alors je suis revenu au village, et ils ont tiré sur moi. Mon oncle a décidé de m’envoyer à l’étranger, c’était dur, mais si je restais, j’étais mort. A l’étranger, j »avais une chance de les revoir. Alors j’ai tout quitté. »
C’est comment maintenant en Afganistan ?
« Franchement c’est la merde, ils (médias/politiques) disent que ça va bien, mais c’est pas vrai, ils mentent. »
« Si t’as une fille, tu dois mettre un drapeau vert, si t’as un fils, un drapeau jaune. Tu es obligé de le faire – et daesh vient se servir selon ses besoins. » Les talibans, il en parle presque avec nostalgie, « avec eux, t’avais une chance de t’en sortir, tu pouvais discuter – pas avec daesh, eux, ils tuent, c’est tout »
Alors les gens cachent leurs enfants, les déscolarisent, ils ne sortent pas.
La semaine dernière, il y a encore eu une bombe à Kaboul, oui oui, ce Kaboul que les européens classifient de « sécurisé » – bah là y’a eu 200 morts, et un cratère gros comme une piscine.
Il n’y a plus de travail, beaucoup de suicides, de violence, de meurtres, d’enlèvements. Certains learders ont menacé le gouvernement actuel : « si vous ne faites rien, on s’occupera de daesh nous même », une nouvelle guerre civile couve ?
Ceux qui ont encore les moyens fuient pour Dubaï, l’Inde ou l’Iran. Au Pakistan, les Afghans qui avaient trouvé refuge ont du fuir à nouveau en raison de guerre des territoires. « Et puis, si tu n’as pas d’argent pour payer, alors ils t’emprisonnent. En Iran aussi. »
Là Kamran fais une pause. Une première pause. « je ne réalise toujours pas par où je suis passé – quitter ta famille, les amis, ton pays, avec juste quelques vêtements, c’est un grand pas. Tu es triste, mais tu espère une vie meilleure. »
Puis commence l’histoire du périple, L’Iran, 12h de marche, la Turquie, pas trop loin de chez lui. S’il avait pu s’y installer, il l’aurait fait. Mais voilà, la Turquie, sans papiers, c’est le travail au black pas payé, et police si tu te plains, avec menaces de retour au pays. « je ne peux pas repartir, je vais mourir là bas ! »
Alors Kamran a continué, vers l’Europe, ses sirènes de libertés, de paix, de sécurité, d’emploi et d’abondance. Cela semblait une destination idéale pour tout réfugié en mal de pouvoir vivre. En paix. « sur la route, j’avais l’espoir, mais si j’avais su, je ne l’aurai peut être pas fait »
Turquie/Grèce, Les petites embarcations légères et surchargées, «on criait et priait tous car on voyait la mort dans les yeux des autres. Mais quelle mort choisir ? Celle là, ou celle des talibans ? J’ai continué ». Marcher dans la jungle, se battre pour la nourriture, les soldats qui vous tirent dessus. 40 jours de prison en Grèce, ils m’ont fait sortir pour y mettre les nouveaux et ils nous ont donné des papiers pour voyager.
Premières désillusions européennes, j’étais maltraité en Europe, la situation à Athène était terrible, les réfugiés se battent, au couteau, à l’arme. Je ne pouvais pas rester là.
Grèce/Italie, la partie qui semble avoir marqué le plus Kamran. 26h caché dans un faux-fond dans un container, 3 personnes dans un espace d’1m2. Dans le noir, sans pouvoir respirer correctement, sans manger, il faisait chaud, juste un peu d’eau, mais pas trop « on pouvait pas faire pipi », 26h… « c’était comme si on était morts »
L’Italie quelques jours « vous devez continuer » disent les italiens, alors Kamran a continué. La France, « les policiers m’ont attrapé, et m’ont renvoyé en Italie », puis Italie/Allemagne, il y faisait si froid, puis ensuite, la Belgique, capitale des droits de l’homme.
Plusieurs fois, j’ai pensé mourir, si j’avais su avant de faire ce voyage par où je devrai passer, alors j’aurai dit aux talibans de me tuer.
On pourrait croire que le plus dur est passé. Mais non. Ce n’est que le début d’un nouveau combat, celui des papiers, du sésame, du droit d’être en vie et de travailler.
« La Belgique m’a semblée magnifique, il n’y a pas de talibans ici, et c’était si beau, si vert. Même si ma famille me manque, je me suis dit, ici, je vais vivre. »
Arrivée à Bruxelles gare du midi. «J ‘étais perdu. J’espérais un bienvenue, et je me suis dit, quand je vais leur expliquer mon histoire, ils vont comprendre, ils vont m’aider.
Les policier m’ont vu, mon allure a du les alerter…ils m’ont arrêté, demandé mon passeport. Je n’en avait pas, alors il m’ont emmené au commissariat. J’étais si fatigué. Ils m’ont demandé d’où je venais, m’ont questionné, sans relâche.. Je leur ai dit, je suis fatigué, j’ai faim, j’ai soif. Une femme policier m’a offert un coca, pour que je parle. Puis ils m’ont enfermé durant 4 h et m’ont apporté un papier disant que je devais quitter le pays.
J’étais si choqué, désappointé, je ne comprenais pas. Alors c’est ça le pays des droits de l’homme ? »
Kamran fait connaissance avec le système.
« J’ai trouvé un afghan qui m’a expliqué quelles démarches je devais faire pour une demande d’asile, je ne savais même pas ce que c’était l’asile. Le commissariat m’a interviewé, puis placé en centre. On était 25 par chambre, c’était si bruyant, j’avais des problèmes avec la nourriture, elle me rendait malade. Ca parlait dans toutes les langues, On s’échangeait nos histoires, c’est là que j’ai appris pour le petit interview, le grand interview, les avis positifs, les négatifs, personne ne m’avait expliqué.
Le premier interview, les questions piège, l’accusation de faux papiers, l’avis négatif. « Rentrez au pays ».
Retour au centre. Toutes mes affaires sont devant la porte de ma chambre, La porte est fermée. Je suis expulsé. On me donne un « ordre de quitter le territoire », avec le nom d’une association pour m’aider à rentrer au pays.
Ce n’était pas envisageable, non, repartir mourir là bas après avoir connu tout ça, c’était juste impossible. »
Alors Kamran devient un « sans papiers » – il est toujours en vie, « sans-papiers », un statut bâtard, inexistant. En vie, mais inexistant. Et comment vivre durant ce temps ? Bien « sans papiers », c’est la main d’oeuvre facile, pas chère, celle qu’on paie 20€ les 14h de boulot, celle qui se plaint pas par peur d’expulsion, celle qu’on peut maltraiter sans représailles, sans limites. Une manne financière en fait, une absurdité connue du système, une hypocrisie contre laquelle personne ne dit rien. « je n’avais pas le choix, il fallait que je mange »
Commence alors l’activisme. Pour lui, pour les autres, se défendre, se faire reconnaître, avoir le droit de vivre. Ne pas avoir traversé toutes ces épreuves pour rien, obtenir le statut de réfugiés de guerre pour 450 afghans, ne pas être retenus « en centres fermés », une honte, une insulte à notre société dite civilisée.
Septembre 2013, le squat rue du trône, 20 jours. « La police est intervenue, nous a expulsé avec toutes nos affaires, nous étions 250, il y avait des femmes, des enfants ; Ils nous ont aspergés des bombes lacrymogènes, des enfants ont du être hospitalisés. Ils nous ont arrosés, il faisait froid, nous étions mouillés. Alors on a du trouver un autre endroit. »
3 nuits à l’UBL
Occupation de l’église sainte croix à Ixelles pendant 1 semaine, puis une proposition d’hébergement d’urgence du CPAS, pour 1 mois. 1 mois….le temps que soient étudiés les dossiers.
Novembre 2013, l’Église du béguinage, l’occupation durant presque un an. Les manifestations.
Décembre 2013, « la marche » Bruxelles -mons, en décembre, pour aller rencontrer Elio Di rupo. Ils s’est soudainement absenté de sa maison quand on est arrivés..
La rencontre avec de Maggie De Block « la loi c’est la loi », Kamran est encore marqué par cette phrase. Nous sommes venus car nous étions en danger de mort, nous avons risqué notre vie, pour entendre « la loi, c’est la loi ». « Je ne comprenais pas tant d’inhumanité »
La rencontre avec Elio Di Rupo. Ils obtiennent une promesse : chaque dossier sera réétudié au cas par cas, déposez vos dossiers de demandeurs d’asile. « la belle affaire, ça ils ne nous apprenaient rien, nous savions pour l’asile, puisqu’il nous avait été refusé »
Mais cela ne suffit pas, Ils sont ensemble, et souhaite une réponse collective, des certitudes, des papiers. Pas des promesses politiques.
Janvier 2014, la marche vers Gand, les rencontre avec les gens, des sympathisants, d’autres qui ignorent.
Du groupe de départ, un partie a obtenue le statut de réfugiés, certains sont repartis en italie, d’autres en France, d’autres sont restés, sans papiers. Ceux là sont restés presque 2 ans dans l’église.
Kamran obtient un titre de séjour provisoire.
Il peut travailler. « nous sommes courageux, je ne suis pas venu pour les aides sociales, je ne savais même pas que ça existait. Je veux juste travailler, et vivre. En paix. »
Les démarches administratives, encore et encore ; Des formulaires à remplir, des kilomètres de papiers, pour le logement, pour le travail, la mutuelle, l’école. Quand on parle mal la langue du pays, c’est compliqué.
Oui la guerre, le voyage c’était un combat. Mais l’administration est devenue un nouveau combat pour Kamran. Aller poireauter des heures dans les bureaux, ne serait-ce que pour le passage de l’agent de quartier à son nouveau domicile. Le racisme évident, les bâtons dans les roues, la méchanceté gratuite. A en être écoeuré. « Je ne fais rien de mal, oui mon français est encore hésitant, mais je m’intègre, j’ai envie, pourquoi tant de batailles, toujours, cela me fatigue »
Heureusement, sur tout ce chemin, il a rencontré la solidarité, la chaleur humaine. « être hébergé quelques mois chez une personne, très gentille, chez qui j’ai pu déclarer mon domicile, cela m’a beaucoup aidé dans mes démarches. Elle m’a beaucoup aidé quand j’ai eu des ennuis de santé à cause du manque d’hygiène dans l’Eglise.
Et il y a eu les bénévoles qui nous accompagnaient lors de la marche, ceux qui venaient nous soutenir dans l’Église »
De cette expérience, Kamran a conservé un certain activisme, un engagement humain ; Il en parle très peu et il faut lui tirer les vers du nez à ce sujet. Il maraude ainsi avec l’association le coeur sur la main, dans les rues, pour distribuer nourriture boissons chaudes, couvertures, aux plus démunis – et oui, un sans papiers aide les SDF, oui oui, NOS sdf…il n’a pas attendu qu’ils soient « à la mode » pour les aider.
Il aide aussi les nouveaux arrivants dans leur démarche, les formulaires, qui aller voir ; Kamran est devenu un spécialiste par la force des choses, et maintenant, il partage tout simplement, et n’attend rien en retour.
Ses espoirs maintenant ? Faire venir sa femme, et ses 4 enfants. « au pays on se marie jeune, j’ai quitté toute ma famille à 22 ans étant père de 4 enfants ». Il n’en parle pas au départ, peur du jugement, peur qu’on ne le croit pas.
Puis là aussi, il commence les démarches pour pouvoir les faire venir, les mettre à l’abri. Voir sa petite dernière, elle a 3 ans, il ne l’a pas vue naître.
Les questions, les test ADN ici en Belgique, envoyer l’argent là bas, pour que la famille aille à Kaboul pour les prélèvements de sang.
Et le résultat, ce sont bien vos enfants ; Ca Kamran n’en doutait pas, il aurai aimé ne pas dépenser les 1200€ nécessaires à ces test ADN. Il aurait aimé conserver cet argent. Car maintenant, il a les visas pour sa femme et ses enfants, mais il n’a pas les 4000€ nécessaires au voyage, ni les fonds nécessaires à la location d’un logement.
Kamran m’a particulièrement émue avec son histoire, sa maturité, son humilité, sa résilience, son sourire sincère, son engagement, sa simplicité. Il pose un regard critique sur le monde, et a une analyse d’ensemble digne d’un politologue. Il sait reconnaître l’humanité, la bonté quand elle se présente. Enfin, ce qui est le plus fort, il n’est pas en colère. Il accepte et avance. Je défie quiconque d’en faire autant avec une telle expérience.
Que ta famille soit réunie Kamran, que tu trouves les fonds, que tu trouves le logement, et le travail dont tu as besoin, toi qui mérites tant.
POUR REUNIR SA FAMILLE, KAMRAN A BESOIN DE 4000 EUROS.
VOUS POUVEZ VERSER UN DON AU NUMERO DE COMPTE: BE91000422956776 de Kamran Lalpoorwal, adresse: rue jenatzy 21, 1030 BXL
avec la mention: participation pour réunir la famille de Kamran.
Laissez votre adresse, Kamran nous invitera tous à boire un bon thé afghan tous ensemble.
VOUS POUVEZ AUSSI L’APPELER PAR TELEPHONE AU 0466042211

Pour marque-pages : Permaliens.

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