Theo Francken sur les migrants: «On fait beaucoup mais il faut une limite»

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Theo Francken (N-VA) nous reçoit longuement jeudi après-midi, à l’issue du énième kern sur le dossier de l’asile et la migration.

Vous avez ouvert des places d’accueil, maintenant vous vous lancez dans le pré-accueil ?

L’élément déterminant de ma politique, c’est l’afflux de candidats à l’asile. Il est par définition incalculable. Nous avons désormais 500 places, ouvertes 24 heures sur 24. Et nous sommes en permanence en train de chercher d’autres places. L’opposition dit qu’on ne fait rien ? Nous travaillons jour et nuit !

Le camp pourra être vidé ?

Lundi, 405 personnes avaient une convocation de l’Office des étrangers pour un autre jour. Pourtant, il y avait mille personnes dans le parc Maximilien à Bruxelles. Tous ne sont pas donc pas des candidats réfugiés. Je ne vais pas polémiquer là-dessus. Mais je veux rappeler que le pré-accueil, ça n’existait pas en 2010 ni en 2000, pendant les autres crises. A l’époque, tout ce qu’ils avaient, c’était un banc, dans le froid, à la gare du Nord. Notre gouvernement de centre-droit a, pour la première fois, mis sur pied le pré-accueil. Je comprends que la situation dans le parc est précaire, nous faisons tout pour trouver des solutions. Quant à l’évacuation, c’est une compétence du bourgmestre.
© Fournis par Le Soir

Il y a assez de places de pré-accueil ?

J’espère ! Mais si, lundi, 8.000 personnes se présentent à l’Office des étrangers, alors non. La situation est imprévisible. Il y a 60 millions de réfugiés dans le monde, 22 en Afrique. Trois éléments jouent. Un, l’évolution démographique : l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient vont passer de 500 à 800 millions d’habitants d’ici 20 à 30 ans. Deux, le réchauffement climatique met sous forte pression le Sahel, ce qui chasse les habitants vers les côtes. Trois, il y a de gros conflits à toutes les frontières de l’Europe : on se bat en Ukraine, en Irak, en Syrie, en Libye, en Somalie, au Mali… Le contexte mondial est très précaire. Cela explique pourquoi on n’a jamais eu autant de réfugiés depuis la Deuxième Guerre mondiale. On me reproche d’avoir fermé des places ? J’en ai fermé 2.000, j’en ouvre maintenant 1.000 par semaine. Avec ces 2.000 places, on aurait tenu deux semaines. Le réseau structurel d’accueil était de 16.000 places, on va passer à 36.000, 40.000, 50.000. Je comprends que l’opposition joue son rôle mais c’est toujours facile de dire, après, qu’on aurait pu faire mieux.

Vous craignez que la situation ne devienne intenable ?

Evidemment ! Bien sûr que je suis inquiet.

Et en tant que responsable politique, que pouvez-vous faire ?

Trouver des solutions. Il y a trois éléments sur lesquels nous pouvons agir, et qui me préoccupent. Un, n’y a-t-il pas trop de gens ? Deux, est-ce que cela ne coûte pas trop ? Trois, n’est-ce pas un problème pour la sécurité, n’y a-t-il pas, parmi les réfugiés, des combattants de l’Etat islamique, des terroristes ? Ce sont mes trois préoccupations principales. La troisième est la plus difficile à résoudre. D’autant que si quelqu’un a de mauvaises intentions, il ne donnera pas son vrai nom.

Il y a un maximum au-delà duquel la Belgique ne pourrait plus gérer ?

Quand on dit 250 demandes d’asile par jour, cela fait plus de 60.000 par an ! C’est du jamais vu ! Nous sommes déjà un pays très densément peuplé, nous avons des défis en matière d’intégration : nous sommes champions du monde pour le nombre de combattants en Syrie. Nous avons énormément de pain sur la planche en matière de migration et d’intégration. Je comprends que les gens s’inquiètent, je partage leur inquiétude, mais je suis payé pour trouver des solutions, pas pour me complaire dans le pessimisme. Et nous pouvons faire face ! Vraiment ! La Belgique en est capable, mais il faut que tout le monde contribue : les primo-arrivants, les Régions, les Communautés, la société en général. On ne doit pas rester les bras ballants en se disant qu’on est envahi, sinon ça n’ira pas. On peut faire face mais je suis convaincu qu’un maximum de 250 personnes est déjà très élevé.

Au-delà, ce n’est plus possible ?

Je ne dis pas qu’on ne peut pas en discuter. Mais 250, ça donne un signal clair : on dit que ce chiffre-là, on peut l’assumer. Vous savez, nous sommes une des premières destinations au niveau de l’asile : on est dans le top 5 des pays les plus attractifs. En août, nous avons enregistré proportionnellement plus de demandes d’asile que l’Allemagne ! Ceux qui disent qu’on n’est pas solidaires, qu’on n’ouvre pas nos bras aux réfugiés, désolé mais ils ne connaissent pas le dossier, ils disent n’importe quoi. Nous faisons énormément mais, oui, je pense qu’il y a une limite. Il y a plusieurs pays européens qui, en un mois, ont moins de demandes d’asile que nous, en un jour. Et oui, il existe cette limite des 250 ? Sans quoi, où s’arrêterait-on ? 60.000 ? 100.000 ? 500.000 ?

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