Réfugiés. La guerre aux portes de l’Europe forteresse

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Enea Rossi

C’est désormais évident. La guerre que l’Union européenne a menée pendant au moins deux décennies contre les migrants et les réfugiés arrive aujourd’hui à la frontière même de la forteresse Europe. Pendant des années, cette guerre que l’Europe a déclarée de manière unilatérale contre ceux qui fuyaient les guerres, les persécutions ou la misère, est restée « silencieuse » et relativement lointaine de nos frontières. Les mesures d’endiguement des migrants étaient davantage mises en place dans les pays d’origine ou de transit.

Les dizaines de milliers de personnes noyées dans la Méditerranée ont été traitées comme une triste fatalité advenue à des gens qui, malgré les avertissements et les menaces de l’Union européenne (comme le délit d’entrée irrégulière sur le territoire), ont quand même décidé de passer « illégalement » la frontière. Les insultes n’ont pas été seulement relayées dans la presse, elles se sont au fur et à mesure institutionnalisées. Qui rentre de manière irrégulière sur le territoire est un clandestin. Point.
Mais comment faire lorsque rester dans son propre pays devient impossible à cause du durcissement des conditions de vie et des guerres ? Qu’il n’existe presque aucune manière de pénétrer légalement en Europe que ce soit en quête d’une protection ou tout simplement pour fuir la misère ? L’entrée irrégulière est ainsi non pas un choix librement décidé par la personne, mais une roulette russe imposée par la « démocratique » Union européenne. Noyades, vols, viols, violences, abus, répression policière peuvent devenir les compagnons de route des migrants et des réfugiés tout au long de leur chemin.
Mais aucun mur, aucun fil barbelé ne peuvent contenir les dizaines de milliers de personnes qui essayent de trouver un abri, pour eux-mêmes et leurs proches, contre les catastrophes qui bouleversent leur pays. Voilà la guerre que les États européens ont silencieusement déclarée et qu’ils pensaient garder à distance, dans les pays d’origine ou leurs pays limitrophes. Cette guerre, l’Europe est désormais contrainte de la mener à ses portes. De manière plus visible, et plus lisible par la jeunesse et les travailleurs européens.
Nous avons vu aujourd’hui en Hongrie un dispositif policier et militaire déployé en grande force afin d’empêcher à tout prix l’entrée des réfugiés sur le territoire européen, ne fût-ce que pour se diriger vers l’Allemagne ou le nord de l’Europe. Le gouvernement ultra réactionnaire de Viktor Orbán a alors ordonné la répression brutale de ces migrants désireux de trouver asile en Europe et qui criaient « liberté ». C’est avec des moyens militaires que les forces de répression sont intervenues : accompagnées de deux hélicoptères et de trois véhicules militaires armés stationnant désormais à la frontière, elles ont tourné leurs canons à eau et leurs gaz lacrymogènes contre les réfugiés. Oui, il s’agit bien d’une guerre, une guerre contre les migrants.
Une soixantaine de réfugiés ont été arrêtés hier. Mardi, c’était déjà 367 migrants, dont 316 qui ont été poursuivis pour avoir endommagé la clôture barbelée érigée à la frontière serbe, et 51 pour l’avoir simplement franchie. Ces migrants sont tombés sous le coup des nouvelles lois sécuritaires et liberticides, approuvées début septembre et entrées en vigueur le 15 septembre. Ces tentatives de criminalisation des migrants ne sont pas nouvelles, la France avait été l’un des précurseurs en tentant, en 2005, de rendre le « séjour irrégulier » passible d’un an de prison, loi non appliquée suite à des arrêts de la Cour de justice européenne.
Le gouvernement ultra réactionnaire de Viktor Orbán est allé plus loin et compte réellement appliquer ces nouvelles lois liberticides. Elles permettent l’incarcération jusqu’à trois ans des personnes ayant traversé irrégulièrement la frontière et jusqu’à cinq ans dans le cas où, en traversant, elles auraient endommagé la barrière de fils barbelés récemment dressée par le gouvernement.
Suite à la ferme volonté du gouvernement hongrois de garder ses frontières bien fermées, une nouvelle route migratoire pour atteindre le cœur de l’Europe semble passer par la Croatie, vers laquelle des centaines de migrants sont en train de se diriger. Mais cette nouvelle route peut, elle aussi, se révéler bien dangereuse. Des volontaires croates appellent les réfugiés à la prudence puisque certains terrains seraient encore minés depuis l’époque de la guerre civile. Triste destin celui des réfugiés : chassés de leur pays d’origine par les guerres qui ont traumatisé leur présent, brutalisés par la guerre de la forteresse Europe qui se hisse devant leur futur, hantés le long de leur route par les fantômes des guerres passées.
Alors que les migrants vont de nouveau risquer leurs vies sur de nouvelles routes, la réaction du Premier ministre de la Hongrie a été fulgurante : « Nous avons décidé de construire une clôture à la frontière roumaine également, le long de la rivière Mures. Et nous allons sans doute en construire une autre le long de la frontière croate. On suit leur piste… ». La guerre et la chasse aux migrants traités pire que des animaux sont bien déclenchées.
Alors que d’autres gouvernements européens, comme l’Allemagne et l’Autriche, viennent de fermer leurs frontières, et que le Premier ministre français, M. Valls, déclare qu’il n’hésitera pas à rétablir des contrôles aux frontières, nous pouvons bien craindre que la violence hongroise ne soit que le premier épisode d’un scénario susceptible de se reproduire ailleurs en Europe. La chasse aux réfugiés de la Chapelle de cet été à Paris ne représenterait alors qu’un avant-goût de la liberté et de la solidarité françaises.

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