La « crise » migratoire : l’effet boomerang – 7 septembre – par Lucile Daumas

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Aggraver les inégalités, piller les ressources du tiers-monde, refuser de prendre des mesures pour stopper le réchauffement climatique, déstabiliser toute la région du Moyen-Orient, multiplier les guerres et les conflits, tout cela a un coût que paient depuis des décennies les populations, et tout particulièrement celles du Sud. En nombre de morts, de déplacés, d’affamés, de désespérés. Et cela met des populations sur les routes, à la recherche simplement d’un endroit où survivre. Massivement, puisque l’UNHCR (l’Agence des Nations unies pour les réfugiés) estime à 50 millions le nombre de réfugiés dans le monde.
La plupart du temps, cette route de l’exode s’arrête à la région voisine, au sein du même pays, ou au territoire du pays voisin. C’est ce qui s’est passé lors de la crise du Rwanda ou de la RDC, c’est ce qui se passe en ce moment avec la guerre qui ravage la Syrie.
Pour ne prendre que ce dernier exemple, le nombre de réfugiés est aujourd’hui estimé à environ 4 millions (sur une population totale de 20 millions, 1/5 de la population !) Et plus de la moitié est accueillie dans les pays de la région : Turquie, 2 millions (pour une population totale de 75 millions) ; Liban, 1,1 million (sur une population de 5,8 millions), Jordanie, 500 000. Aux réfugiés syriens proprement dit, il faut ajouter les réfugiés que la Syrie avait accueilli au cours des décennies précédentes : Palestiniens – installés de longue date dans ce pays, ainsi qu’au Liban et en Jordanie et Irakiens – rappelons que la Syrie avait accueilli, après la chute de Saddam Hussein 1,5 million de réfugiés.
L’Europe, les États-Unis devaient bien savoir qu’un tel exode était inévitable. En envahissant l’Irak, en déstabilisant toute la région, en jouant les apprentis-sorciers avec les mouvements islamistes, pensaient-ils vraiment être à l’abri de toute répercussion ? Certes, ils subissent de loin en loin quelques attentats terroristes, amplement médiatisés. Mais qu’est-ce que cela représente par rapport à ce que vivent les populations des pays arabes, devant affronter au quotidien l’obscurantisme ? Pendant des années, ils ont laissé les pays limitrophes se dépatouiller avec ce problème, continuant à lever toutes sortes de barrières tout autour de l’Europe, renforçant de jour en jour le caractère militaire du mécanisme de défense des frontières européennes, appelé Frontex, et sommant les pays limitrophes de l’Union, qualifiés de bons voisins, de relayer la surveillance des frontières européennes, au mépris du respect des droits humains et au mépris de la Convention de Genève et du droit d’asile.
Cela fait des années que la Méditerranée s’est transformée en véritable cimetière humain sans que cela n’émeuve les responsables européens qui continuaient leur politique de blindage du bunker européen. Il aura fallu donc l’arrivée massive de réfugiés sur le territoire européen, venant notamment de Syrie, pour que les gouvernements réagissent et nous livrent, le cœur sur la main, des discours lénifiants sur les principes du droit d’asile et la nécessité d’un accueil humain des réfugiés. Qu’en sera-t-il exactement ? Les prochains jours, les prochaines semaines nous le diront. Mais ce n’est pas l’établissement de quotas par pays, ce n’est pas le tri entre migrants réfugiés et migrants économiques qui apporteront des solutions durables à cet exode massif de populations ne pouvant plus vivre dans leurs pays.
Preuve en est que de nouveaux fronts de migration sont en train de s’ouvrir. Ainsi, face à la crise, les Grecs sont aussi de plus en plus nombreux à chercher un emploi hors de leur pays. Pas moins de 300 000 se sont exilés depuis les sept dernières années, portant à près de 6 millions la population grecque émigrée. Les Espagnols eux aussi ont repris la route de la migration, au Maroc, dans les pays d’Amérique latine ou ailleurs.
Nul doute : ni les murs, ni les armes ne permettront de résoudre ce que les médias appellent la crise migratoire. Car elle n’est que l’effet boomerang des politiques néolibérales imposées depuis des décennies aux peuples du monde. Cet effet, les populations du Sud le connaissent bien, mais voilà, il s’invite aujourd’hui au cœur de l’Europe, qui tout d’un coup se rend compte qu’il n’est pas si facile d’accueillir des réfugiés.
Les solutions de fond, elles résident donc dans l’arrêt des ventes d’armes à des bandes armées de tout acabit, l’arrêt du soutien à des régimes comme celui de l’Arabie saoudite qui après avoir fomenté la création de l’État islamique se voit confier la tâche de son éradication.
Elles résident dans la fin du pillage des ressources des pays du Sud et des confrontations armées qui n’ont d’autre but que de permettre l’intervention militaire des pays occidentaux.
Elles résident dans l’annulation du système de la dette qui ne fonctionne aujourd’hui que comme mécanisme de pompage des richesses des peuples au bénéfice des banques.
Elles résident dans la dénonciation des accords de libre-échange qui, eux aussi, bafouent la souveraineté des peuples et renforce le pillage des richesses du Sud au bénéfice des banques et des multinationales du Nord.
Et en attendant, l’urgence est dans le respect des droits et des conventions relatifs à la migration et à l’asile, la mise en place de mécanismes d’accueil et d’insertion permettant d’instaurer des rapports d’humanité et de respect de la dignité.
Lucile Daumas
membre d’Attac/Cadtm Maroc

Lettre ouverte aux dirigeants de pays occidentaux

Objet : crise migratoire actuelle.

Chers (ères) dirigeants (es) de l’occident,
Face à la situation chaotique et dramatique de réfugiés syriens que nous assistons aujourd’hui et qui s’est ajouté à tant d’autres notamment celle des réfugiés venant de pays africains, et à laquelle vous avez longtemps gardé un silence remarquable et complice mais qui a fini par vous rattraper et que vous faite semblant d’ être tenu au courant par les images choquantes de la photo du noyade du petit Aylan( que son âme repose en paix) diffusés ce derniers jours par les chaines de télévisions de vos pays, je me fais un devoir citoyen, de vous adresser la présente lettre qui est un moyen pour moi d’exprimer d’abord ma sincère solidarité et compassion aux réfugiés syrien, comme je l’ai toujours fait pour d’autres migrants et réfugiés de l’Afrique. et comme tant d’autres citoyens du monde l’ont fait aussi pour moi lorsque je me retrouvait en compagnie d’autres camarade réfugiés de l’Afrique dans la même situation de fuite. Ensuite je voudrais vous exprimer mon indignation face à cette situation qui est forcement provoqué d’une part par les politiques de domination que vous ne cessez de fabriquer nuit et jour dans vos laboratoire et d’autres part par des mesures cyniques, inhumaines et draconiennes dites de gestions de frontières que vous avez mis en place.
De prime abord j’exprime toute ma solidarité aux hommes, femmes, enfants et bébés de la Syrie qui sont mort ou qui ont perdu leur proches parce que fuyant les atrocités de la guerre et la répression sanglante savamment provoquée, entretenue et fomentée par le système des puissants de ce monde, mais se sont vu abandonné à leur propre sort et refusé l’accès dans les pays où il pouvaient obtenir l’abris. Que la mort, les souffrances et les douleurs de ces hommes, femmes et enfants sans défense interpelle l’ensemble de l’humanité.
Mes pensées vont également aux réfugiés et migrants de l’Afrique subsahariens qui tombent dans le désert loin de caméra de chaines de télévisions ainsi qu’à ceux et celles qui meurent chaque jours dans la méditerranée et qu’on refuse de sauver parce que les sauver constituerait, selon les dirigeants de ce monde, un appel d’air !
Chers (ères) dirigeants (es) de l’occident,
Devant cette tragédie humanitaire dont vous détenez le secret et la responsabilité, car il nous faut dire la vérité, Je vous demande de cessez votre hypocrisie et de ne pas user de camera de chaines de télévision pour nous montrer vos larmes de crocodile. De ne pas exploiter cette tragédie humaines et vous en servir à de fins électoralistes et idéologiques.
L’heure n’est plus d’exprimer l’émotion. Mais de poser des actes concrets et urgents. On n’a plus besoin d’écouter de beaux discours ou d’autres déclaration d’intention mais de mettre immédiatement en place tous les moyens nécessaires devant sauver les vies humaines.
Vous avez toutes les capacités pour accueillir les réfugiés et les intégrer dans votre société pour leur permettre de reconstruire leur vie. Car, en ce que je sache ce ne sont ni de logement ni de la nourriture ni encore moins les ressources humaines et pécuniaires qui manquent parce que il y a des centaines de milliers d’églises, d’auberge, de couvents, et d’autres centres d’hébergement qui ne sont plus occupées . il y a de centaines de milliers de tonnes de nourritures qui sont quotidiennement jeté dans les poubelles dans vos pays respectifs. Il y a de millions d’ hommes, de femmes et de jeunes qui sont prêt à aider bénévolement. Il y a de centaines de millions de dollars et ou d’Euros que vous gaspillez chaque jours pour acheter les matériel ultra moderne de contrôle de frontières et pour construire le murs.
Ce qui manque en vous , c’est seulement un peu de volonté politique et le sens humanitaire. Oui il y a l’absence de l’esprit de solidarité et l’esprit humanitaire dans votre chef parce que depuis le début de cette année vous avez insensiblement assisté à la mort par noyade dans la méditerranée de milliers de migrants : hommes et femmes, enfants et bébés confondus et cela dans un silence absolus hormis quelques émotions de façade manifestés.
Que la misère, les douleurs, les souffrances, les noyades de ces hommes, femmes et enfants interpellent votre conscience. Fermer les yeux et abandonner des êtres humains qui fuient des conflits armés, de répressions comme ceux qui se déroulent en Syrie en ce moment est un crime au même titre que les crimes commis par les terroristes de l’Etat islamique que vous combattez.
Chers dirigeant (es) de l’occident
La situation des migration telle qu’elle se présente aujourd’hui nous rappelle tant d’autres vécu récemment et que continue de vivre les migrants de l’Afrique qui se sont massivement et à plusieurs reprises noyé et qui continuent encore de mourir dans la méditerranée et dans le désert en cherchant de regagner l’Europe pour sauver leur vie ou améliorer leurs conditions de vie. Permettez – moi de vous dire en passant que les migrants prennent ces dangereuses voies pour contourner les dispositifs sécuritaires et de contrôle de frontière que vous avez érigé.
Et ce qui est indignant c’est de constater que devant toutes ces tragédies humaines, vous prenez plaisir d’y manifester par émotion et qu’en lieux et place de vraies solutions urgentes et adéquates vous vous contentez de présenter au public vos désaccord sur les mesures à prendre. De réunion en réunions et de sommet en sommets rien de concret ne sort si ce ne sont que de mesures sécuritaires à renforcer bien que cette approche s’est révélée contre –productive.
Or l’expérience nous a révélé que lorsqu’il s’agit de déstabiliser au moyen d’une intervention militaire les pays d’origines de ces réfugiés, une réunion ou un sommet de quelques minutes vous suffit pour parvenir au compromis et envoyer les troupes et les dromes dans ces pays sans tenir comptes des dégâts humains que cela provoqueraient. Le cas de l’intervention militaire en Lybie et au Mali comme tant d’autres au Moyen Orient vous en dit plus.
Chers (ère) dirigeants (es)
La situation actuelle des réfugiés syriens et la récurrence de naufrage de bateaux entrainant le noyade de milliers de migrants dans la méditerranée observé ce dernier temps révèle bien qu’il y a un problème. Personne ne peut quitter son pays, accepter de courir tant de risques et affronter autant de souffrances par plaisir. Il y a les problèmes de fond qu’il faut résoudre. Et je pense qu’il faut prendre les courage de revoir votre politique étrangère et orienter la politique mondiale pour qu’elle soit plus attentives aux conditions de vie de gens.
Point n’est besoin de vous rappeler que la politique mondiale actuelle a provoqué de profondes disparités entre les pays riches et les pays pauvres et cela n’a fait que susciter la défiance et la colère que l’on exprime de plusieurs façons. Comme le pense par ailleurs certains que la monté de terrorisme moderne avec la violence et le déplacement de la population qu’elle entraine, serait l’expression de frustration accumulé depuis le temps et dont le système d’exploitation du capitalisme mondiale serait responsable. Comme je pense aussi que le phénomène migratoire tel qu’ils se produit aujourd’hui est la conséquence de ce système néo – libérale défavorables au plus faible que l’ont regarde avec compassion pendant le jour et que l’on surnomme de sans dents pendant la nuit.
Chers (ères) dirigeants (es)
Je profite de cette occasion pour vous demander de ne pas limiter votre engagement et votre action qu’a suscité la crise actuelle aux seules réfugiés syriens, au point de créer de division et de tensions entre les réfugiés ; mais plutôt d’élargir aussi votre action à tous les sans papiers qui se retrouvent sur le territoire de l’union puisqu’ils ont quitté leur pays pour les mêmes raisons que celles de syriens. Ne pas agir dans cette direction révélerait au grand jour la discrimination dont les migrants et les demandeurs d’asile venant de l’Afrique ne cessent de se plaindre. Que le naufrage et les noyade de milliers des exilés africains dans la méditerranée ne vous laisse pas insensible.
Je ne saurai terminer cette lettre sans vous demander de saisir de l’occasion pour vous attaquez aux problèmes fondamentaux dans les pays d’origines. Lequel problèmes sont causé par les système mondiale néo – libéral avec notamment les programmes dit d’ajustement structurel, les accords de partenariat économique, l’accaparement de terre, les interventions militaire aveugle dans certains pays qui sont de moyen utilisé pour piller les richesses , appauvrir et affaiblir certains Etats afin de bien exercer la domination. Je reste convaincu que s’attaquer à ces problèmes éviterait que la domination de forts sur les faibles ne place le monde entier dans un danger permanent.
Mes salutations militantes,
Fait au Pays – Bas , ce 7 septembre 2015.
Emmanuel Mbolela
Activiste au sein de l’Afrique Europe – Interact et auteur du livre
Mein weg vom Kongo nach Europa : Zwischen Widerstand, Flucht und Exil.

Pour marque-pages : Permaliens.

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