Peut-on choisir ses immigrés?

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La question revient à chaque élection ou quand le nombre de noyés entre les côtes africaines et européennes bat un nouveau record d’horreur : peut-on choisir nos immigrés ? Mettre fin à l’immigration indiscriminée de personnes qui affluent avec ou sans papiers là où sévit un chômage massif ? Moduler et diriger les flux vers les seuls secteurs où il y a des besoins ?

Cette vision, résumée dans la formule sarkozyste sur le choix entre immigration « subie » ou « choisie », reste assez unanimement partagée dans l’opinion. Elle procède pourtant de fausses représentations, que par opportunisme peu de responsables politiques, quel que soit leur bord, se hasardent à rectifier.
Une immigration qui suit les cycles économiques

Une première idée fausse consiste à considérer l’immigration comme synonyme de compétition accrue sur un marché du travail statique. L’arrivée de migrants, qui sont aussi des consommateurs et payent des impôts et des cotisations sociales, contribue à l’activité. L’immigration est en définitive assez bien corrélée avec la situation économique. Des pays qui avaient reçu un grand nombre de migrants avant la crise de 2008 les ont vus partir en masse à partir de 2010, comme les Polonais du Royaume-Uni ou les Roumains et les Bulgares d’Espagne.

Migrants et autochtones ne sont en règle générale pas vraiment en concurrence sur les mêmes segments du marché du travail

De plus, migrants et autochtones ne sont en règle générale pas vraiment en concurrence sur les mêmes segments du marché du travail. Les mauvaises conditions de travail dans les services à la personne, le nettoyage, le bâtiment ou le ramassage des fruits et légumes en font des secteurs évités par les nationaux. La concurrence dans ces branches se fait essentiellement entre nouveaux et anciens migrants. Cette situation d’ensemble connaît cependant des exceptions dans les bassins d’emploi sinistrés, mais c’est moins l’immigration qui est en cause que les carences des politiques de l’emploi.
Un pouvoir de sélection limité

Mais surtout la principale idée fausse porte sur le pouvoir de sélection des pouvoirs publics. Quotas, systèmes à points, listes de métiers en pénurie, salaires planchers, visas de recherche d’emploi…, tous ces mécanismes, plus ou moins aisés à mettre en oeuvre, utilisés par tous les pays selon des combinaisons variables, ont une caractéristique commune : ils ne portent que sur l’immigration de travail, la seule à pouvoir réellement faire l’objet de politiques discrétionnaires.

L’immigration de travail est devenue un phénomène minoritaire

Or, cette immigration est devenue un phénomène minoritaire par rapport à deux autres statuts que sont l’immigration familiale et, au sein de l’Europe, la libre circulation des personnes. En France, libre circulation et immigration familiale comptent pour respectivement 37 % et 38 %, contre 12 % pour le travail [1]. Sauf à remettre en cause le droit à la libre circulation dans l’Union européenne et à nier des droits humains – droit à une vie de famille et droit humanitaire – déjà sérieusement écornés, vouloir « choisir ses immigrés » est une illusion. Quant à l’ambition de n’attirer que les élites et de fermer les portes aux personnes peu et moyennement qualifiées, elle relève davantage d’une forme de racisme que de l’analyse économique : en termes de nombre, l’Europe vieillissante a avant tout besoin de ces derniers.

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