Boubacar

Boubacar, 17 ans, Guinée, Belgique.
Pour eux, nous ne sommes qu’un mensonge.

 

Je suis né le 18 novembre 1989 en Guinée Conakry, dans une famille de trois personnes, qui sont mon père, ma mère et ma sœur, une famille où l’islam règne. Je suis né dans un quartier qui est situé à Conakry, Cimenbosia, dans une famille qui m’aime beaucoup. Je suis né au bon moment et au bon endroit, là où il y a l’entente, la joie. J’étais né et commençais ma vie dans les bras de ma mère et de mon papa, qui m’a appris à lire le Coran, faire la prière et partir à l’école. Je suis fier d’être né dans cette famille. Ma famille. Ma mère : Raby Diallo, qui est décédée en 2003, en Guinée Conakry, dans notre quartier. Ma mère avait la nationalité guinéenne. Mon père : Mamadou Bhoye Diallo, âgé de 55 ans, qui est né en Guinée, profession imam, dans mon quartier, à Cimenbosia. Ma sœur : Aïssatou Diallo, âgée de 19 ans, qui vivait avec son mari. Sa profession est ménagère, elle habitait à KM 36. Mon petit frère : Souleymane Diallo, âgé de 13 ans, qui vivait avec ma tante paternelle à Conakry, à Enco 5. Enco 5 est un quartier dans la commune de Matoto. Il était élève à Conakry, en primaires, dans le quartier de Madina. Ma tante paternelle : Fatoumata Diallo, qui vivait avec son mari à Enco 5. Le mari de ma sœur : Ousmane Barry, qui est taximan dans la capitale guinéenne.

Je suis un musulman pratiquant depuis mon enfance. Dieu est le tout-puissant et Mohamed est mon Prophète. La religion est composée de cinq prières par jour, qui sont obligatoires pour toute personne musulmane, et elles sont réparties à des heures différentes selon le temps qu’il fait. La religion est composée aussi de 29 ou 30 jours de ramadan. Ramadan est le mois où toute personne musulmane doit rester de 6h à 18 ou 19h (le soir à l’heure de la prière de Macribi) sans manger ni boire. Après la prière de Macribi, tu peux manger jusqu’à 6h, plus ou moins, ça dépend du temps. Il y a aussi le pèlerinage à la Mecque, qui est obligatoire pour tous les musulmans qui ont les moyens, une fois dans la vie. Dieu voit tout, il entend tout, il est omniprésent, omniscient et omnipotent. Omniprésent signifie que Dieu est présent à toute heure. Omniscient signifie qu’il connaît toute la science. Omnipotent veut dire que Dieu est partout dans le monde ainsi que dans toutes les choses qu’il a créées, par exemple le paradis, la lune, le soleil, en haut et en bas, à gauche et à droite, il n’a jamais sommeil, il est le maître de l’univers. Le Prophète Mohamed est la personne que Dieu aime le plus parmi toute chose qu’il a créée. Dieu n’est pas né et il ne le sera jamais. Il n’a pas d’enfant et il n’en aura jamais. Et personne ou rien ne l’égale. Il est le maître de l’univers, qui peut tout, qui n’est pas obligé de faire, il fait ce qu’il veut et laisse ce qu’il veut. Je te remercie mon Dieu Allah.

Regardez mon pays

Mon pays c’est la Guinée Conakry (Guinée Française), situé en Afrique de l’Ouest, bornée par l’Océan Atlantique. C’est le premier pays en Afrique qui a proclamé son indépendance le 2 octobre 1958 sous la colonie française. La Guinée est divisée en quatre grandes régions qui sont : la Basse Guinée, la Moyenne Guinée, la Haute Guinée et la Guinée Forestière. Elle a une population de 7,9 millions. Elle a pour langue officielle le français et une trentaine de langues dont le peul ou poular (32%), le manika (23%), le soussou (3,8%), le kissi (3,5%), le toma (1,8%), le dialonké (1,8%). Avec 24.585 KM carrés, la Guinée est limitée au nord-ouest par la Guinée-Bissau, au nord par le Sénégal, à l’est par le Mali, au sud-ouest par le Libéria et la Sierra, Leone au sud-est par la Côte d’Ivoire. Les ethnies sont réparties entre les quatre grandes régions du pays. En Basse Guinée les Peuls, en Haute Guinée les Malinkés et en Guinée Forestière les Guerzé, les Kissi, les Toma. Le territoire de la Guinée devint une colonie française en 1893 et fut intégré à l’Afrique Occidentale Française (AOF) la même année. Ahmed Sékou Touré fut le premier président de la République de Guinée Conakry après l’indépendance, en 1958. Depuis ce jour, la Guinée devient la Guinée Sékoutouré. Après la mort de Sékou Touré en 1984, le pays était ruiné, deux millions de Guinéens avaient fui le pays pour rejoindre la Côte d’Ivoire, le Sénégal ou la France, les prisons étaient pleines et quelques 700.000 morts étaient attribués au dictateur. Sékou Touré régna dans mon pays en dictateur jusqu’au jour de sa mort, où il devient le Lion de la Guinée. Il se fait remplacer par le général Lansana, qui était un militaire de Sékou. En 2007, Lansana est toujours au pouvoir et on dit à chaque fois qu’il restera au pouvoir jusqu’à sa mort. Voilà une petite présentation historique de mon pays, qui a toujours subi des dictateurs.

Tentative de coup d’Etat

De ma naissance jusqu’en 2003, je vivais avec mon père, ma mère, ma sœur et mon petit frère. Après la mort de ma mère, mon père m’a placé chez ma tante pour que je reste là-bas avec elle dans le quartier Enco 5. Depuis le jour où mon père m’amèna chez ma tante, je n’ai plus jamais eu de nouvelles. Chaque fois que je demande à ma tante « où est mon papa », elle ne dit rien, sauf qu’il va venir. Ma sœur se fait épouser chez ma tante par Ousmane Barry. Moi et mon petit frère continuons à aller à l’école, dans un autre coin de la capitale, Madina. Mon école s’appelle le Collège de Diallo. Et voilà un jour, le 19 janvier 2005, c’était la veille de la fête de Tobaski, ma sœur m’avait dit de passer chez elle à kilomètre 36. Km 36 est la commune où se trouvent les ministres et les grands bureaux de la capitale. Km 36, c’est un barrage militaire, policier et douanier, c’est la sortie et l’entrée de Conakry, la capitale. J’ai pris des habits et un peu d’argent, le 19 janvier 2005, c’était un matin de bonheur, quand je suis parti chez ma soeur. Vers la prière de 12h, ma sœur m’appelle en me disant qu’elle a entendu à la radio (RTG), qu’il y a eu un coup d’Etat contre le président et que ça s’est passé là où vit ma tante à Enco 5. Comme il y a eu le coup d’Etat, elle me dit de passer la nuit chez elle et de retourner le lendemain. Le lendemain devait être la fête, j’avais rendez-vous avec des amis chez ma tante à 22h pour prendre le thé. Je pris le taxi de KM 36 à Enco 5. Arrivé là-bas, les rues étaient bouclées par des policiers, et je rentre chez ma tante. Vers 22h, deux amis sont arrivés, je suis sorti avec eux derrière la cour et j’ai installé tout le matériel pour faire le thé (sucre, radio, chaises, thé etc.) On attendait l’ami restant, quant tout à coup, je vois devant nous un camion de policiers. Ils ont tiré une balle, ils sont descendus et m’ont pris, moi et les deux amis, ils nous ont mis dans leur camionnette en route vers le commissariat central. Il y avait beaucoup de monde dans la camionnette, ils commencent à descendre quelques personnes pour les mettre dans une autre camionnette policière. Ils nous ont débarqués, moi, mes amis et les autres personnes, au commissariat central de Taouya. Taouya est un quartier de Conakry. Ils nous ont directement mis en prison, c’était le 20 janvier 2005 vers 22h. Le matin, ils m’ont fait sortir pour m’interroger, à propos du coup contre le président, parce que je suis habitant du quartier dans lequel ça c’est passé. A chaque fois que je leur dis que je ne sais rien, qu’au moment des faits j’étais chez ma sœur à KM 36, ils me frappent avec des coups de pieds, des matraques, un peu partout sur mon corps. J’ai passé un mois à être torturé, tous les jours étaient le même jour pour moi, des tortures avec des matraques, et les coups de pieds, et ensuite on m’interroge sur le coup d’Etat. Après, une fois par mois, ils m’ont interrogé sur le même sujet et torturé. Durant des mois, je ne me suis pas lavé et j’ai mangé une fois par jour, vers 12h. Parfois, ma sœur m’a apporté à manger vers le soir, et parfois le policier ne me l’a pas donné. J’ai passé neuf mois dans une prison, j’étais tout à fait innocent.

A la prison de Taouya, les policiers sont très méchants, impitoyables. Des tortures tous les jours, j’attends, et je ne vois que la mort. J’étais dans une petite cellule, pour vivre avec les trois personnes que j’avais trouvées là. Dans la prison, il y a des cartons sur lesquels on passe la nuit. Il n’y a ni le courant, ni l’eau. On s’éclaire avec les bougies, et quand il n’y en a plus on est obligé de rester dans l’ombre jusqu’à nouvel ordre. La cellule où j’étais était si petite que pour avoir un peu d’air, on était obligé de venir à côté de la porte, là où il y a un petit trou, si petit qu’on ne peut pas mettre sa main dedans. C’était une brèche pour le vent.

S’évader de son propre pays

Un jour, voilà que Ousmane Barry, le mari de ma sœur, est venu me sortir de prison. Vers 1h, le policier qui est de garde a ouvert la porte de la cellule en me disant de sortir. Pour moi c’était la fin de ma vie, parce qu’on ne m’avait jamais fait sortir à 1h. Je sors, je trouve Ousmane Barry avec le policier qui m’a fait sortir et qui me passe entre ses mains. Je sors avec Ousmane Barry, qui était venu avec un ami de Matoto, un autre quartier de Conakry, ils me mettent dans une petite camionnette couverte d’une bâche. Direction chez l’ami, où je dois rester quelque temps avant de quitter immédiatement mon pays. Mon beau-frère m’avait dit de ne pas sortir de chez son ami, même pas la nuit, que si on me voit on va me tuer, et ils vont le tuer lui aussi. Je reste chez son ami jusqu’au 24 septembre 2005 quand, vers le soir, mon beau-frère arrive en me disant que je dois sortir du pays le même jour sinon je suis mort. Il me prend avec lui et son ami, et ils m’amènent à l’aéroport Gbessia, dans la même camionnette. Arrivé à l’aéroport, il me dit de rester dans la camionnette avec son ami, jusqu’à ce qu’il revienne. A son retour, après quelques minutes, il vient avec un douanier en me disant de sortir de la camionnette. Ils m’ont placé au milieu, entre eux deux, pour entrer dans l’aéroport. Puis, mon beau-frère me présente à un monsieur avec qui je dois quitter la Guinée. Le douanier m’accompagne avec le bus jusqu’à l’escalier de l’avion. Moi et le monsieur, on est entrés dans l’avion. Je ne connais pas le monsieur, il ne me connaît pas, il ne parle que français, et il est noir. Nous avons volé toute la nuit. Et le 25 septembre 2005, c’est l’arrivée à l’aéroport de Belgique, pour la première sortie de mon pays, à cause de choses qui m’ont vraiment beaucoup touché, que je n’oublierai jamais de ma vie, pas avant ma mort.

Pour la première fois, sorti de mon pays, là où je suis né et où j’ai grandi, à cause d’une accusation fausse, et voilà, je suis en Belgique. Descendu de l’avion je ne savais même pas où j’étais. Le monsieur m’a dit de descendre et de le suivre, il m’a fait sortir de l’aéroport, il a pris un taxi, il m’a dit de monter, qu’on doit partir en ville. Arrivé dans une ville où je ne vois pas la différence entre l’Est, l’Ouest, le Nord et le Sud, on est descendus, et il m’a dit que le contrat entre lui et mon beau-frère était terminé. Il m’a donné 40 euros, il m’a laissé sur place. Je reste sur place, je ne connais personne, personne ne me connaît, la nuit est tombée. Je passe la nuit dans une mosquée qui se trouve juste là, à côté de moi. Le lendemain, je suis sorti en ville, je rencontre un monsieur à qui je demande de l’aide. Il m’a donné à manger, un sandwich. Ensuite, je lui demande si je peux vivre chez lui, et il répond que la seule chose qu’il peut faire est de m’amener dans un lieu où on trouve des personnes comme moi. Ce monsieur m’amène à l’Office des Etrangers, je lui dis merci, il me quitte.

Arrivé à l’Office, je vois beaucoup de personnes debout en rang. J’ai suivi le rang et je suis arrivé devant une porte, là où se trouvent les gens qui demandent des papiers. Je leur ai dit que je n’avais pas de papiers. Il m’ont demandé quel âge j’avais, j’ai dit que j’avais quinze ans. Ils ont pris mon sac et m’ont dit de m’asseoir sur un banc qui se trouvait à côté. Je suis resté sur ce banc pendant trente minutes. Ils m’ont dit de rentrer dans une salle, et là il y avait une fille guinéenne qui avait quatorze ans et qui demandait l’asile. Ils nous ont donné une fiche à remplir. Ton nom, prénom, pays, nationalité, âge, etc. Après ils nous ont emmenés dans une grande salle où il y avait beaucoup de machines. Ils m’ont appelé. Ils ont pris mes deux mains, et mes empreintes, doigt par doigt, et puis tous ensemble. Ensuite ils m’ont emmené dans un lieu qui ressemble à un hôpital. Ils m’ont dit d’enlever ma chemise et m’ont fait rentrer dans un endroit pour regarder mes poumons. Après avoir fini de regarder, on m’a changé de salle. Ils m’ont dit d’attendre, qu’un chauffeur viendrait pour me conduire quelque part. Après quelque temps, un monsieur est venu me donner une annexe 26, en me disant que c’est mon document d’identité. Pendant l’après-midi, un chauffeur est venu, il a crié mon nom et il m’a dit de me suivre. Je l’ai suivi, on est sorti dehors et il m’a dit de monter dans la voiture. Je monte, il me conduit dans le centre d’accueil urgent des mineurs non accompagnés de Needer Over Hembeeck (NOH, hôpital militaire). C’était donc le 26 septembre 2005. Arrivé à NOH, on m’a servi quelques trucs, par exemple : draps de lit, serviette, savon, rasoir… Après quelques jours à NOH, on me désigne un éducateur, qui doit se charger de mes papiers. A NOH, je vivais avec des personnes de beaucoup d’origines différentes (Européens, Africains).

On te pose des questions sans te regarder

Ma première interview a eu lieu à l’Office des Etrangers. J’étais accompagné par mon tuteur et mon avocat, et il y avait un monsieur guinéen qui faisait la traduction dans ma langue maternelle (le peul), et la dame qui me posait les questions. Des questions sur mon histoire. Mon avocat me défend à chaque moment. Mon interview a duré à peu près deux à trois heures. On a parlé une heure, et puis on a fait une pause pour boire quelque chose, mais moi je n’ai rien pu boire, parce que je n’étais pas bien dans ma peau ni dans les autres organes. Après la pause, on recommence. Chaque fois qu’elle me pose une question, elle ne me regarde pas.

Ma deuxième interview, c’était au CGRA, Commissariat Général aux Réfugiés et aux Apatrides. Là on parlait plus qu’au premier, mais ce n’était pas la même juge, c’était une autre dame. C’étaient les mêmes questions, mais chaque fois, on me demande si ce que je dis est vrai, en ne me croyant pas. J’étais avec mon tuteur et mon avocat. On a parlé plus de quatre heures. Chaque fois, il y a une autre question qui vient, et il faut que je réponde convenablement. Ensuite, il y a mon avocat qui prend la parole. A un certain moment, la juge termine l’interview en me disant que ça c’est bien passé et que je dois attendre la réponse. Après quelques semaines est venue la réponse, et c’était positif. Je suis provisoirement autorisé à séjourner deux ans sur le territoire belge. Après, on m’appelle pour une troisième interview, qui s’est passée au CGRA, même lieu que la deuxième, même juge que la deuxième. Je dois m’exprimer sur mon problème. C’est pendant cette troisième interview que j’ai passé des moments durs. Pour eux, je ne suis rien. Elle me parle, il y a un interprète, on me montre des photos de mon pays, par exemple des rues ou des mosquées, pour voir si c’est mon pays, en doutant que je suis guinéen, même si j’ai l’accent du pays dont je suis originaire. Les réponses de mon premier et de mon deuxième interview sont déposées à côté d’elle. Après avoir terminé, on se sépare dans la joie, moi, mon avocat et mon tuteur. Après une semaine, j’ai eu mon résultat. Là, on me donne un négatif, et on me dit qu’on doit faire un examen de fond et que je dois attendre, il faut examiner mes dossiers.

Est-ce que les humains sont de valeurs différentes ?

Je suis resté à NOH du 26 septembre au 26 octobre 2005. Ce jour-là, pendant l’après-midi, on me transfère, accompagné par un chauffeur de NOH qui doit me conduire dans un autre centre de Fédasil, à Florennes. Arrivé là, je trouve aussi beaucoup de gens. A Florennes, j’ai constaté que les éducateurs nous parlent mal, à nous Africains, noirs. Je trouve qu’ils sont très injustes envers nous les Africains, par rapport aux personnes d’autres pays européens, comme par exemple les Albanais ou les gens de Turquie… Si par exemple moi, né noir, je leur demande un service, ils refusent, tandis que si les autres qui ont la même peau qu’eux, demandent, ils acceptent avec plaisir. Je trouve que les lois sont très différentes entre nous, alors que nous sommes tous des réfugiés. Est-ce que les humains sont de valeurs différentes ? J’ai reçu beaucoup d’accusations racistes de la part des éducateurs, des insultes, j’ai été privé de nourriture et de jeux. Eux, ils nous ont carrément dit qu’ils n’aimaient pas les personnes qui ont la même couleur que nous. Il y a un éducateur qui m’a dit qu’il a le pouvoir sur moi, qu’il peut me faire tout ce qu’il veut sans qu’il n’y ait aucune conséquence. L’injustice qu’ils nous font subir est insupportable. Avec eux, je ne peux pas parler, je ne peux que rester avec leur injustice. Eux n’appliquent que les lois faites par le gouvernement belge envers nous, les Africains. Nous priver de tout, nous faire accepter tout. Entre eux et nous, les Africains, c’est entre le caillou et l’œuf : si le caillou tombe sur l’oeuf, l’œuf s’écrase, si l’œuf tombe sur le caillou, l’œuf s’écrase. Ils font leurs injustices et les appliquent sur nous, les Africains. Notre parole est rejetée à chaque fois, comme on respire, parce que on est nés noirs. Quand nous subissons de l’injustice de la part des éducateurs, on essaye d’en parler avec le directeur, et on se retrouve avec la même injustice de la part du directeur, et on reste là avec nos problèmes, quels qu’ils soient. S’il y a une visite, par exemple des instituteurs ou la maison des jeunes de Florennes, ou d’autres personnes qui veulent savoir comment nous vivons dans le centre, ce sont de nouvelles lois qui vont être créées par les éducateur : gentillesse, ouverture, bon cœur, pendant le temps de la visite. Dès que les visiteurs ont franchi la porte du centre, l’injustice recommence.

D’esclavage en mondialisation, on en a assez

On en a marre, l’Afrique en a marre, les peuples en ont marre, j’en ai marre. Les personnes assassinées parce que les présidents sont des assassins, des généraux aux commandes qui lapident les pays. Les droits de l’homme ignorés. Après l’abolition de l’esclavage, ils ont créé la colonisation. Lorsqu’on a trouvé la solution, ils ont créé la coopération. Lorsqu’on a dénoncé la situation, ils ont créé la mondialisation, et la mondialisation, c’est Babylone qui nous exploite. Les présidents assassins, on n’en veut plus, les généraux, les enfants militaires, les orphelins des guerres, on n’en veut plus. L’Afrique en a marre de toute cette exploitation et de ces manipulations, on en a assez. L’Europe fait tout ce qu’elle veut dans mon Afrique natale, affamer notre population, organiser des guerres, prendre les richesses, sans laisser quelque chose à mon peuple. Tant que cette philosophie fera une « race supérieure », tant que la couleur de l’humain aura de la signification, tant qu’on se comparera à l’autre, tant que les droits universels seront distribués selon la division des races, partout sera la guerre. Les présidents africains, qui sont dirigés par les Européens et les Américains, resteront toujours leurs moutons. On en a assez de cette mondialisation et de cette exploitation. On en a assez de voir les riches et les dirigeants d’Europe s’imposer dans mon Afrique natale. C’est pour l’Europe et pour l’Amérique que les chefs africains affament le peuple africain, on en a assez.

Les Français nous ont donnés des armes pour qu’on s’entretue. Ils ont pris nos richesses, le bauxite, la terre, l’or, les diamants et toutes les richesses qui semblaient bonnes pour leur pays. Ils se disaient qu’ils allaient toujours voir la Guinée en guerre. Ils ont brûlé mon pays, ils ont écrasé la population, ils font fonctionner la dictature, tout ça pour nous affamer. Ils prennent nos richesses pour nous enterrer vivants. Ils veulent nous bloquer, nous tuer. Mon pays est pris par la France, parce que le président est corrompu et que la France veut préserver ses intérêts. Ils prennent tout, tout, pour affamer mon pays et pour nourrir les banques françaises. Mais les Français chassent les Guinéens de leur pays, en disant qu’ils en ont marre d’eux, qu’ils sont allés en France pour voler une aide sociale… alors que le passé sera toujours présent. France, où veux-tu que mon peuple aille ? Ils sont tous nés là, exilés et sans autre choix, leurs grands-pères se sont sacrifiés, leurs papas se sont intégrés, même si tu les traites d’étrangers, pourquoi veux-tu qu’ils aillent à la pagaille… et le passé est toujours présent. Dans les années ’60, tu as fait appel à leurs pères pour la main d’œuvre, pourquoi veux-tu qu’ils s’en aillent ? Tu divises leurs richesses en quatre parties, tu as pris trois parties, et tu as laissé une partie pour eux. Mon pauvre pays la Guinée, est-il fier de toi ? On en a marre. Et qu’on arrête de faire semblant d’aider, alors que c’est le contraire. Ils ont volé mon pays, ils se le mettent dans la poche gauche. Ils manipulent le président pour qu’il tue les intellectuels guinéens. Mon pays a-t-il besoin de la coopération ? On n’a jamais besoin d’une coopération qui consiste à donner des armes pour organiser la guerre et pour tuer des gens.
Faisons mourir le racisme

Mes pensées ? C’est comme si je n’existais pas. C’est comme si ma tête ne m’appartenait pas. Ce sont des pensées qui sont très dures pour moi, des choses que j’ai vécues, et les images flottent dans mes yeux. Parfois, je n’arrive pas à m’endormir, et je me demande si c’est moi, Boubacar, qui reste des heures sans fermer les yeux. Seulement, le fait que je pense me donne des nuits blanches. L’hôpital est devenu un de mes meilleurs amis. Des images qui font peur, qui sont toujours dans ma tête. La peur ne me quitte plus. Je suis déraciné, privé des libertés les plus simples. Parfois, je pense, je pense, jusqu’à devenir de l’eau dans une boîte fermée par des cadenas. Je pense à ma vie, à la mort de ma mère, et à ma famille. En écrivant, c’est le passé qui est toujours devant moi, c’est comme si j’étais dans les actions du passé. Mon histoire. Mon histoire, je l’ai mise dans un texte, mais tous les textes restent les mêmes pour moi : beaucoup d’efforts, beaucoup de courage, beaucoup de choses qui ont joué un rôle très important au niveau intérieur de ma vie. J’ai été très courageux, pour arriver au bout de ce texte. Parfois, je suis arrivé à un certain moment où mon cœur se branche directement sur une image vécue avec les policiers, ou avec ma famille, des choses insupportables. Mais je tiens bon. Ce qui est clair, c’est que ma vie, à mon âge de quinze, seize, dix-sept ans, reste arrêtée dans mon cœur, et je pense que ce sera toujours ainsi, et je ne le souhaite pas.

Avant tout je suis un réfugié, et pas un danger. Et j’écris ce témoignage pour me connaître, et pour connaître d’autres personnes qui vivent la même vie, avec les mêmes idées que moi. Vous, Belges, Européens, en lisant ce témoignage, je voudrais que vous ayez une autre idée des réfugiés qui viennent sauver leur vie dans votre pays. Pour vous, les réfugiés sont des personnes qui quittent leur pays d’origine pour avoir une aide sociale. Et je voudrais que les gens qui sont racistes cessent de l’être. Pour eux, les Africains ne devraient pas exister. Mais nous sommes tous des êtres humains, même si nos problèmes sont différents. Je suis un réfugié, pas un danger. Je voudrais que vous m’écoutiez, pour partager mes sentiments. Je suis un être humain comme tous, privé de toute chose. Etre réfugié est une chose, pour le comprendre il faut être dedans. J’écris ce témoignage pour essayer de changer les idées racistes, et pour montrer que les réfugiés ne sont pas dangereux. La dignité humaine est inviolable, elle doit être respectée. J’ai des sentiments, des idées des images qui me rendent tous les jours de plus en plus fou. Pour me connaître, il ne suffit pas de me regarder dans les yeux, il faut regarder ma bouche parler, et ouvrir son esprit au mien. Mes sentiments ont été remplacés par mon expérience et mon vécu. Pour vous, tout ce que je suis est un mensonge. Je suis un réfugié qui est venu sauver sa vie dans votre pays. J’aimerais que le racisme soit mort, qu’on vive tous ensemble, que le raciste ne serve plus à rien.

Je suis très content du fait que je suis bien à l’école, à l’atelier d’écriture et au théâtre, là où le mot raciste n’existe pas, et où nous sommes tous d’origines différentes et où il n’y a aucune différence entre les réfugiés et les Belges. J’aimerais que le peuple belge m’aide à bien m’intégrer dans la société belge. J’aimerais bien qu’on soit une famille. Je vous demande de faire mourir le racisme. Il n’y a rien de meilleur que d’être unis et de lutter conte le racisme ensemble.

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