Sommé de quitter le territoire, Bouba, jeune Thiernois, témoigne

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Alors qu’il mène la vie paisible d’un gamin de 20 ans, Bouba est contrôlé sans papier d’identité valable. Adopté par les Thiernois, le Guinéen menacé d’expulsion détaille le drame qu’il vit.
Pétri d’espoir, le jeune Bouba attend son salut. Reclus. Contrôlé sans papier d’identité à jour, l’athlétique Guinéen adopté par les Thiernois depuis quatre ans partage son calvaire. Le 8 juillet, Bouba croit avoir fait le plus dur en décrochant son CAP de menuiserie. Deux jours plus tard, sa vie bascule…

Que s’est-il passé le 10 juillet ?

J’étais en stage et vers 9 h 30, je suis parti livrer une porte avec un collègue. Nous avons été arrêtés. Les gendarmes m’ont emmené chercher mes affaires au foyer à Thiers. Après Clermont, ils m’ont conduit au centre de rétention de Lyon car je n’avais pas de pièce d’identité valable.

Comment vous êtes-vous retrouvé sans papier ?

Lorsque je suis arrivé en France, j’étais mineur et l’aide sociale à l’enfance du Puy-de-Dôme m’a suivi. Je pensais que la régularisation était en cours. Le juge m’a parlé de négligence mais je n’en savais rien.

Vous avez passé cinq jours en rétention. Dur ?

C’est terrible. J’ai eu si peur… C’est affreux d’être emprisonné quand on n’a jamais fait de mal à personne. Je me suis dit : “Pourquoi on m’enferme ? Pourquoi on me menotte ?”.

Vous devez quitter la France malgré votre intégration exemplaire…

Lorsque j’ai entendu le jugement, j’étais désespéré. Je pensais avoir un bon dossier avec mon CAP, mes stages de volontaire pour la conservation du patrimoine à Montaigut-le-Blanc, ma présence au SAT football avec lequel nous avons été champions. J’ai toujours essayé de donner le meilleur de moi-même.

La vague de soutien des élus et des Thiernois vous aide-t-elle à tenir ?

(Ému aux larmes). Ça fait chaud au cœur. Je ne pensais pas être tant aimé. Je ne dormais plus. J’avais peur que l’on vienne me chercher… Les gens se sont proposés de m’accueillir. Mes amis sont même venus me soutenir au tribunal. Je suis orphelin. Mais j’ai trouvé une vraie famille à Thiers.

Le député André Chassaigne (PCF) vous a appelé…

Oui, il m’a dit qu’il ferait tout pour m’aider à m’en sortir.

Êtes-vous en colère contre les failles du système ?

L’erreur est humaine. Je veux faire mon maximum pour montrer que je suis intégré.

Avez-vous un rêve ?

M’installer à Thiers et ouvrir mon atelier de menuiserie. L’amour des gens m’a touché au cœur. Je m’en souviendrais jusqu’à ma mort…

Carole Eon-Groslier

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