Sept morts en sept semaines parmi les migrants de Calais

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21 JUILLET 2015

En 2014, année meurtrière, il y avait eu seize morts à Calais. Depuis le 1er juin, déjà sept personnes ont perdu la vie en tentant de rejoindre la Grande-Bretagne.
Ils avaient échappé à la soif dans le désert libyen, à la noyade en Méditerranée, à la violence des passeurs, et ils sont morts en Europe, en passant la dernière frontière. Sept migrants ont perdu la vie en tentant de passer de Calais en Grande-Bretagne depuis le 1er juin. Le dernier est mort noyé ce dimanche soir, tombé dans un des nombreux bassins de rétention du tunnel sous la Manche, profond de 4 mètres, entouré de murs, et sans berge. On ne connaît pas son nom, et on ne sait pas d’où il vient, mais selon Nord Littoral, il n’avait pas plus de 16 ou 17 ans.

Un migrant retrouvé mort au terminal britannique d’Eurotunnel
Courant juillet, un policier a sauvé un migrant tombé à l’eau dans les mêmes circonstances. Vendredi, Mohammad, un Pakistanais d’une trentaine d’années, a succombé à ses brûlures après avoir été électrocuté sur le site du tunnel par un arc électrique. Deux de ses compagnons de voyage sont encore hospitalisés.

DES ERYTHRÉENS, DES ETHIOPIENS, DES SYRIENS
Une hécatombe. Le 7 juillet, Getnet, un Ethiopien tombé d’une navette de fret qui roulait, est mort d’une fracture du rachis cervical. Début juillet, une Erythréenne enceinte de cinq mois et demi est tombée d’un poids lourd. Samir, l’enfant qu’elle portait, n’a pas survécu. Il a été enterré au «carré des anges» du cimetière de Calais le 15 juillet, rapporte la Voix du Nord, qui indique qu’on est sans nouvelles de la mère. Dans la nuit du 29 au 30 juin, une autre jeune femme, Zebiba, 23 ans, également Erythréenne, a été fauchée par une voiture alors qu’elle traversait l’autoroute, comme le font des centaines de migrants toutes les nuits pour accéder aux lieux de passage, au tunnel, ou aux parkings où les camions attendent leur ferry. Le 26 juin, un Ethiopien est mort projeté sur un pylône en béton alors qu’il tentait de s’accrocher à une navette de fret qui roulait à vive allure. Et le 1er du mois, un autre Ethiopien a été fauché sur l’autoroute A16.

A cette liste, s’ajoutent deux Syriens, dont on a retrouvé les corps en mer à l’hiver 2015. Celui de Mouaz Al-Bakhli, sur une côte des Pays-Bas, et celui de son compagnon de voyage, Shadi Omar Kataf, en Norvège. C’est un journaliste norvégien du journal Dagbladet qui a retrouvé leur trace. Ils portaient une combinaison de plongée achetée le 7 octobre 2014 au magasin Décathlon de Calais. Shadi avait prévenu son cousin qu’il traverserait à la nage.

PLUS DE MIGRANTS ET PLUS DE RISQUES
En 2014, année meurtrière, il y avait eu seize morts à Calais. Ces sept dernières semaines, déjà sept. Pourquoi tant de morts aujourd’hui ? D’abord parce que les migrants n’ont jamais été aussi nombreux, autour de 2 000, contre 800 l’an dernier à la même époque. Ensuite à cause des barrières et des barbelés qui barricadent de plus en plus les accès au port, et incitent à prendre de plus en plus de risques ailleurs. Puis le tarif du passage, qui varie entre 1 500 et 3 000 euros selon les sources, alors qu’on était à 500 pendant des années. Un passage cher, ça veut dire plus de gens qui tentent de passer par leurs propres moyens, ou par des circuits moins cher.

Les migrants sont de plus en plus nombreux au tunnel. La nuit de la mort de l’Ethiopien Getnet, quelque 500 personnes avaient tenté leur chance sur le site. Dans le même temps, Eurotunnel a distribué des tracts et placardé des affiches en 9 langues pour expliquer que le site est «dangereux». En vain. Samra, 30 ans, enceinte de six mois, qui se reposait depuis plusieurs jours, découragée et effrayée par tous ses morts, tente à nouveau sa chance ce mardi.

Haydée SABÉRAN (correspondante à Lille)

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