Nomade, un poème d’Abida Aïda Allouache

Nomade, un poème d’Abida Aïda Allouache

Nomade,

Je suis une âme vagabonde
Qui erre de par le monde
En quête de liberté

Solitaire,
Je traverse l’hiver
En faisant l’inventaire
Des soleils disparus

Vigile,
Je balise les routes de l’exil
A tous les chercheurs d’asile
Dans le désarroi

Sentinelle,
J’en appelle aux rebelles
Pour apaiser les querelles
Qui mènent à la haine

Apatride,
J’ai les mains vides et le coeur aride
Mais mon âme est avide des parfums d’Alger
Des langueurs océanes
Du côté de Tanger
et du jasmin fleurie
de ma belle Tunisie
Merci et gratitude pour ce
Bouquet odorant et ô combien enivrant
De mon occident maghrébin

Sans papier
Je récuse le mépris
Voulant instaurer l’oubli
Sur mon histoire, mon passé

Réfugiée,
J’aspire au retour
Quand viendra le jour
Où la loi d’Amour aura droit de cité

Femme,
Je fais pousser des fleurs
Dans le jardin de mon coeur
Pour donner des couleurs
A toutes mes soeurs que l’on a violentées

 

Algérienne,
Je veux la fin de la guerre
Pour tous les peuples de la terre
Pour que vive la Paix

Marocaine,
Je veux l’ouverture des frontières
Pour que l’on puisse circuler
Et retrouver nos familles déchirées

Tunisienne,
Je veux la karama, le respect
redorer le blason,
retrouver cet honneur perdu
des maghrébins, mes frères
Aveuglés par les sortilèges
d’européennes sirènes dont les seins de pierres
Ont broyés dans la mer tant de harragas

Arabe, amazighe,
J’ai honte des violences policières,
Du racisme ordinaire,
et de la politique sécuritaire de
Ces régimes serviles d’une maîtresse indigne,
Cette Europe arrogante
qui non contente
d’avoir écumé les mers
Et pollué toute l’atmosphère
Est en train de faire de la Méditerranée
Un brûlant cimetière

Africaine
Je pleure sur les corps sans sépulture de mes enfants
Fuyant la guerre et la misère
Bastonnés, brisés dans vos prisons,
Empalés, déchiqueté sur les murs de vos enclaves
dont Sebta, Melila n’en sont que les plus fières.

Subsaharienne,
je vomis la terreur de mes fils dans vos forêts cachés
je hurle l’horreur de mes soeurs violées
et de ces accouchées sans ménagements
expulsées
vous êtes donc sans cœurs ?
Pourquoi le fruit de mes entrailles est il
refoulés de frontières en désert ?
Jouets de tant de cruauté
Avez-vous oublié votre africanité ?

Européenne,
Je crie ma colère
et je bats le rappel
de tous les indignés de la Terre
Pour chanter en chœur
Et pulvériser les murs porteurs de nos lâchetés
Pour à la place construire
avec plein de couleurs et d’ardeurs
l’entraide et la fraternité

Fille du désert
J’implore le vent et les rivières
D’apporter l’eau et la lumière
A tous mes frères dans l’iniquité

Etre libre,
Je chante l’équilibre
D’une humanité ivre
De ses différences acceptées

Demain
Je rêve de la joie
Comme ultime loi
Transcendant les voix trop souvent discordantes de la foi

Pour cela,
Je vous invite à l’ouvrage,
partons en voyage,
Vers d’autres rivages, avec pour tout bagage,
L’envie de briser les frontières
et tous clivages
De casser les préjugés qui nous ont piégés
Et sur lesquels on a érigé des tonnes de barbelés
Jusqu’aux ciels étoilés.

Abida Aïda Allouache

Forum social des migrants de Oujda, octobre 2012

 

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