De la rafle au bidonville: la politique de ségrégation.

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01 juillet 2015 | Par Séverine Mayer

Premier Juillet 2015. Demain, ce sera le triste anniversaire de cette rafle scandaleuse à Calais, pendant laquelle 710 personnes dont 110 enfants avaient été arrêtés et emmenés loin de Calais, pour y revenir par leurs propres moyens en quelques jours (y compris les enfants).

Cette rafle n’avait pour seul but que répondre aux exigences de la mairie et libérer l’endroit qui servait d’aire de distributions de repas. Cet endroit était alors occupé par ceux qui, quelques semaines plus tôt avaient dû assister à la destruction de leurs abris au motif d’une hypothétique épidémie de gale…

La mairie ne veut pas de migrants en ville. C’est simple, clair et en pratique ça donne une forme de ségrégation inavouée. La mairie, soutenue par l’état, a réussi à éloigner les migrants de la ville en les parquant sur un bidonville toléré. Oui, toléré, cette fois ils ont le droit de rester là. Une ancienne décharge, c’est assez bien pour des migrants, on s’en fiche d’une décharge…

Un an après la rafle honteuse, pendant laquelle les militants, simples badauds ou journalistes avaient été éloignés (souvent avec l’usage de gaz lacrymogène et de matraques), nous en sommes là : la honte absolue, l’incompétence des autorités mise au grand jour, et surtout, pire que l’incompétence, le constat que le gouvernement français a la volonté de ne surtout pas aider les migrants, à Calais comme ailleurs.

Au contraire, tout est fait pour nourrir un racisme et une xénophobie qui prend en France une proportion douloureuse. Les politiques de tous bords ne communiquent pas des idées de vivre ensemble. Ils ne le disent pas que les migrants ne sont pas un danger ou une menace pour la France. Ils ne se mobilisent pas pour faire respecter les droits fondamentaux des êtres humains… Non, ils font profil bas au mieux, ou ils utilisent le phénomène pour diviser… Pire, on peut régulièrement lire des amalgames terrifiants : les migrants seraient des djihadistes potentiels… Alors on donne une bonne raison de ne pas les aider : ils sont peut-être là pour nuire à la France… Et dans l’esprit de milliers de personnes qui ne se donneront jamais la peine de comprendre, de réfléchir, le raccourci est vite pris. Alors il faut virer les migrants hors de notre pays, hors de l’Europe même, et puis de toute façon c’est la crise non ? On n’a pas les moyens, qu’ils crèvent donc… Et puis des noirs ou des arabes, c’est pas comme si c’était des vrais êtres humains. Un être humain c’est blanc, c’est français de souche et ça vote bleu marine… Vomir.

Ils ne le disent pas les politiques que le danger vient de ces pensées racistes et fanatiques. Ils ne le disent pas les politiques, que c’est utile d’utiliser les étrangers indésirables comme bouc émissaire à tout ce qui ne va pas dans ce pays.

En France, on stigmatise les étrangers, les musulmans, les pauvres, les chômeurs. C’est aussi ça le pays des libertés, en France on a le droit de stigmatiser une catégorie de personnes, librement. Quid des plaintes portées contre ceux qui incitaient à la haine et à la violence en faisant le salut nazi le 7 septembre 2014 devant la mairie de Calais ? Pas grave ? Pas matière à condamner ?

Et puis oh, y’a les faits divers… Il y a des terroristes…

Et bien parlons-en…

A Calais, on déploie des dizaines de compagnies de CRS, qui sont logés dans des hôtels, nourris au resto. On sait dépenser l’argent pour des grilles, des barbelés, on « sécurise », à fond…

Le résultat ? Encore plus de blessés migrants. Plus de morts aussi… Parce que le climat est à l’urgence de passer, la prise de risques est maximum, parce que c’est insupportable de vivre comme des animaux et d’être pourchassés par la police. Mais c’est pas grave tout ça, ce ne sont que des migrants, et on lit alors des commentaires du style « mais ils savent les risques, ils avaient qu’à rester chez eux »…

On mobilise des CRS pour gazer une vingtaine de Syriens dont le seul tort est de vouloir discuter avec les autorités françaises et anglaises afin de pouvoir légalement demander le statut de réfugiés en Angleterre… Ils ne veulent pas aller à l’assaut des camions, ils n’en peuvent plus de vivre comme des bêtes. Ils sont à bout. L’un d’eux le dit: « Nous essayons de dire aux Anglais que nous mourrons ici, que nous sommes fatigués. Nous souffrons de ne pas avoir de toit, d’eau, à manger, de pouvoir se doucher normalement… Nous mourrons en Syrie et ici, on ne nous aide pas ».Ils demandent à discuter de leur avenir, alors on les gaze, et on les dégage de la place d’Armes de Calais comme des nuisibles. Hop, pas de ça ici…

A Calais on gaze aussi des gars qui manifestent pour sauver leurs emplois… Leur détresse à eux aussi, pas important. A Calais c’est comme ça : ça gaze.

C’est l’époque qui veut ça. Tolérance est un mot qui devient désuet, on demande aux gens de respecter leurs devoirs et peu à peu, les droits deviennent de plus en plus minces et aléatoires.

On n’a pas les moyens d’aider les migrants… De leur donner de l’eau, un abri et des WC. On a, par contre, les moyens de mobiliser des compagnies de CRS, de poser des kilomètres de barbelés, de fabriquer des murs de terre pour cacher le bidonville des yeux des riverains qui sont contraints de subir. Des riverains qui forcément deviennent hostiles, mettez-vous à leur place, du jour au lendemain leur maison ne vaut plus rien, ils ont comme voisin un bidonville où les gens sont obligés de chier dans les bosquets… On pourrait leur dire à ces riverains que c’est pas la faute aux migrants, qu’il faut en vouloir aux autorités qui traitent des êtres humains comme des rats… Mais on n’est pas à leur place à ces riverains. On peut aussi comprendre qu’ils n’aient pas envie de comprendre.

Pourtant, comprendre, c’est la première étape. La compréhension entraîne une indignation, qui elle-même entraîne une réaction, une mobilisation…

Il faut nous mobiliser tous, partout, pour que les droits fondamentaux des migrants soient respectés, et que la France cesse de s’enfoncer dans la crasse de l’intolérance… La France était un beau pays. Que devient la France si elle oublie ses valeurs, son histoire ?

Quand aux compagnies de CRS… Ne seraient-elles pas plus utiles à renforcer le plan Vigipirate sur des lieus comme les gares, aéroports, bâtiments religieux, écoles et usines classées Seveso ? Il paraît que la France est sous la menace de terroristes. Alors ils font quoi les CRS à Calais à part terroriser des réfugiés qui ne demandent qu’une assistance humanitaire ? Il fait quoi le ministre de l’Intérieur ? Il décide comment, avec des osselets, des dés ou à pile ou face ? Un peu de bon sens par pitié…

L’Etat donne des leçons de savoir-vivre, il nous réclame des sacrifices, le respect de ses décisions même quand nous les trouvons arbitraires, l’état s’émeut des drames à l’étranger. Mais l’état est incapable de gérer la situation de quelques 3000 personnes humainement. L’état, en nous disant que la France n’a pas les moyens d’aider les migrants, dépensent des millions d’euros à la sécurisation pour enfermer ces mêmes migrants sur un bidonville qui fait honte à Calais, à la France… Sécurisation ? Un leurre. Une carotte pour satisfaire les mentalités racistes qui pensent que les migrants ne valent pas mieux que des prisons, pire parfois : « rouvrir les chambres à gaz » lit-on sur certains sites nationalistes…

On vit une sale époque. Une époque honteuse, une époque douloureuse. La France a une sale gueule en ce moment…

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