Migrants en Méditerranée : la Tunisie contre toute intervention militaire

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Alors que l’Europe veut mettre sur pied une mission militaire et navale destinée à lutter contre le trafic de migrants qui traversent la Méditerranée, le Premier ministre tunisien Habib Essid déclare qu’il est « contre toute intervention militaire pour régler ce problème ».

La Commission européenne a proposé mercredi de répartir entre les pays de l’Union les demandeurs d’asile qui traversent la Méditerranée et échouent sur les rives italiennes et grecques. L’Union tente également de collaborer avec les pays du sud de la Méditerranée pour juguler les arrivées. Le Premier ministre tunisien était à Bruxelles ce jeudi pour préparer un accord de libre-échange avec l’Europe. Mais cette question des migrants a également été au centre des discussions entre Habib Essid et les dirigeants européens.

Des actions militaires, comme le bombardement des bateaux des passeurs sur les côtes libyennes font-elle partie de la solution ? Habib Essid rappelle que son pays est « contre toute intervention militaire pour régler ce problème. Ce problème doit être réglé en amont et en aval. Ces gens prennent des risques, vendent tout ce qu’ils ont autour d’eux pour venir en Europe, pour plus de liberté, pour de meilleures possibilités économiques de travail. Je sais les problèmes que cela pose pour tous les pays de l’Union européenne, mais la solution à chercher est autre que celle de faire des interventions militaires ponctuelles. Dans tous les entretiens que j’ai eus, que ce soit avec la haute représentante (pour les Affaires étrangères de l’Union européenne, Federica Mogherini, ndlr) ou avec les autres commissaires, il n’a jamais été question de faire une intervention militaire. C’est ce qui m’a été dit ».

Détruire des bateaux? Ce n’est pas la solution

Le Premier ministre tunisien « ne pense pas que détruire des bateaux dans les ports libyens puisse régler les problèmes. Les bateaux, on peut en avoir autant qu’on veut. Il y a d’autres moyens. Il faut s’attaquer aux problèmes réels, aux trafiquants qui pratiquent ce commerce des êtres humains, essayer de les identifier et de les attraper. Pour faire ce travail, on a besoin d’une très grande collaboration entre tous les intervenants de tous les pays méditerranéens. A titre d’exemple, en 2014, le flux des migrants qui sont partis de Tunisie et de ceux qui ont été rapatriés est presque le même ».

La Tunisie peut-elle jouer un rôle dans l’accueil d’une partie des migrants, en attendant leur arrivée éventuelle en Europe ? « Non, c’est une solution que nous rejetons. Nous avons déjà des problèmes avec ceux que nous avons laissé entrer en Tunisie pendant la révolution. Pourquoi faire des centres d’accueil en Tunisie ? On peut les faire en Europe, non ? En haute mer, nous sommes obligés d’assister les bateaux en détresse ; nous ramenons ceux que nous secourons chez nous, et on trouve une solution par la suite. On ne demande jamais aux autres de nous aider à trouver une solution » poursuit Habib Essid.

Il ne suffit pas de répartir les réfugiés entre les pays, « il faut trouver des moyens pour les rapatrier chez eux » dit-il encore, excepté pour les Syriens qui « sont des vrais réfugiés politiques. La situation politique est telle qu’ils ne peuvent pas vivre chez eux. La communauté internationale est obligée de les assister pour leur éviter une mort certaine ».

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