Migrants de La Chapelle : « On est comme des animaux. Pourquoi personne ne s’occupe de nous ? »

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Mis à jour : 26-05-2015 13:56

REPORTAGE – Depuis l’été dernier, un campement de migrants s’est installé sous le métro aérien de La Chapelle, dans le 10e arrondissement. Près de 200 personnes ont fui leur pays, espérant, en France, de meilleures conditions de vie. Mais, leur installation dérange riverains et élus politique.

Des centaines de tentes s’étalent sous le métro aérien à La Chapelle. Dedans, des centaines de migrants.

Au-dessus des têtes, le métro passe toutes les deux minutes. Il fait trembler la terre, couvre toutes les conversations, d’un vacarme à devenir dingue. Sous le pont, ce sont les TGV qui partent de la gare du Nord vers l’Angleterre. Et, de chaque côté, boulevard de la Chapelle, des centaines de voitures défilent, dans leur brouhaha permanent.

C’est là, sur cette bande de bitume entre Barbès et La Chapelle, à deux pas de Montmartre, que s’est installé depuis cet été un camp de migrants. Un no-man’s land, composé d’une centaine de tentes quechua, de canapés, cagettes et matelas en plein air. Ça sent l’urine, l’essence, les déchets qui débordent des poubelles trop petites. C’est invivable. Ils sont environ 200 à y habiter.

Les tentes sont coincées sous le métro aérien, entre deux files de voitures boulevard de la Chapelle.

« On est comme des animaux ici », raconte un jeune Africain, regard clair, montrant les tentes et les barrières de métro. « Chez nous, personne ne dormait dehors. Ici, il n’y a pas de douches, pas de toilettes. » Un jeune père, arrivé d’Erythrée, montre sa femme enceinte. Ecroulée sous une tente, elle ne va pas bien et se tient le ventre. A côté, d’autres montrent leurs infections sur la peau, des membres abîmés.

Ici, toutes les nationalités se croisent : ils sont Soudanais, Ethiopiens, Somaliens, Marocains, Tunisiens… « Il y a un peu toute l’Afrique », plaisante un migrant. « Ça tourne. Certains sont là depuis six mois, d’autres quelques jours. » En ce lundi après-midi, des jeunes discutent en petits groupes, regardant passer les voitures. D’autres, écroulés sur des matelas en plein air, tentent de dormir. Ici, les journées sont longues et ils tournent en rond.
D’après les habitants du campements, une quinzaine d’enfants vivent ici, avec leurs parents, dans des conditions insalubres.
D’après les habitants du campements, une quinzaine d’enfants vivent ici, avec leurs parents, dans des conditions insalubres. Photo : SL/Metronews

Leurs histoires se croisent. Et se ressemblent tristement. Comme celle de Mohammed (nom d’emprunt), jeune Africain en blouson de cuir : « Je suis arrivé il y a un mois, j’ai vécu 8 mois à Marseille », raconte-t-il. Il a 18 ans. Il est Libyen. Avant la cité phocéenne, il est passé par Lampedusa, puis par l’Italie. Il y a quelques semaines, il est parti pour Calais, porte d’entrée du Royaume-Uni, mais s’est cassé le nez. Alors il est revenu le temps de revoir sa stratégie. « Il y a trop de deal là-bas. » Un autre confirme : « Il n’y a qu’une solution pour partir : payer environ 1.000 euros et quelqu’un vous cache dans un camion. » Plus loin, Rafic, la trentaine, essaie depuis six mois de se glisser dans un Eurostar. Sans succès. « Je me suis déjà fait attraper quatre ou cinq fois. »

L’Angleterre, nouvelle terre promise

Car beaucoup ici, rêvent de l’Angleterre en regardant passer les trains. Pourquoi ça ? Ils se répètent qu’obtenir des papiers y est plus facile. « En Angleterre, on peut les avoir en un mois. En France, si on n’a pas ce papier, tout est interdit. » Car c’est ce que chacun cherche : des papiers, un travail, un logement. Mais c’est porte close. « Je suis allé en préfecture. On m’a dit non », explique un Algérien, la trentaine. « Les Soudanais demandent asile. Nous, les Arabes, nous n’avons pas ce droit. Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? Il n’y a pas de solution. » Car malgré leurs conditions de vie, leurs histoires chamboulées, ils ne demandent qu’une chose : l’attention du gouvernement, de l’Europe. « Ce n’est même pas manger le souci », raconte l’un d’eux. « Les gens autour sont gentils, ils viennent nous aider. »
Chacun cherche une solution pour obtenir des papiers, ou partir en Angeleterre, assurance pour eux d’un travail et d’un logement.

C’est vrai que des associations passent régulièrement distribuer de la nourriture. Ça aide à tenir le quotidien. Des riverains viennent, spontanément, proposer leur aide. Comme cet Algérien, la soixantaine, qui se pointe sur le campement. Il arrive de Belleville, a vu un reportage ce matin à la télévision, et veut proposer une place chez lui au migrant qui était interviewé. Le migrant en question, est déjà reparti ailleurs, personne ne sait où. Le monsieur repart.

Du côté des politiques, le cas des migrants de La Chapelle commence à agacer. Rémi Féraud, le maire socialiste du 10e arrondissement va proposer un voeu ce mardi au Conseil de Paris demandant à l’Etat l’évacuation du campement, et l’hébergement de toutes les personnes qui s’y trouvent. Les élus UMP du 18e déposent eux aussi le même type de souhait. Mais sur Twitter, certains dénoncent la com’ de la majorité municipale, qui serait « coupée des réalités ». Chacun son combat. Pendant ce temps, les migrants attendent toujours.

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