Quand l’UE finance la dictature de l’Érythrée pour stopper les migrants

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Afin de faire face à l’afflux de migrants en provenance d’Érythrée, l’Union européenne va allouer 312 millions d’euros à ce pays de la Corne de l’Afrique. Un geste qui n’arrêtera pas ceux qui fuient cette dictature, selon de nombreux d’observateurs.

L’Union européenne s’apprête à aider financièrement l’Érythrée, l’un des régimes les plus répressifs au monde. Reporters sans frontière (RSF) a publié, mardi 28 avril, un communiqué dans lequel l’ONG révèle que le 11e Fonds européen pour le développement (FED, 2014-2020) a accordé une enveloppe de 312 millions d’euros à ce pays de la Corne d’Afrique, soit trois fois plus qu’en 2009, pour endiguer la fuite de ses habitants.

« Par crainte de voir arriver sur ses côtes toujours plus de migrants, l’Europe tente par tous les moyens de tarir les départs d’évadés érythréens. Donner de l’argent semble la seule réponse que Bruxelles ait trouvée pour régler le problème. Elle avait déjà commis la même erreur avec le régime de Kadhafi en Libye par le passé », explique Alain Gascon, professeur émérite à l’Institut français de géopolitique de l’université Paris 8.

« Cadenas supplémentaire »

Car « financer Asmara, c’est ajouter un cadenas supplémentaire à un peuple prisonnier dans son propre pays », poursuit le spécialiste. Le petit pays de la Corne africaine est, en effet, accusé de bafouer toutes les libertés individuelles et plus globalement, les droits humains. Le pays, gouverné d’une main de fer par Issayas Afeworki, au pouvoir depuis 1991, détient le triste record du plus grand nombre de journalistes emprisonnés sur le continent. L’Érythrée occupe également, pour la huitième année consécutive, la dernière place du classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières.

« Comment l’Union européenne qui défend les valeurs de l’État de droit et de la démocratie peut-elle soutenir un tel régime ? S’interroge Cléa Kahn-Sriber, responsable du bureau Afrique de Reporters sans frontières. Il est stupéfiant que l’Union européenne fournisse une telle assistance au régime d’Issayas Afeworki sans demander la moindre contrepartie dans le domaine des droits de l’Homme et de la liberté d’expression”, poursuit-elle.

Les promesses n’engagent que ceux…

Certes, une délégation italienne, qui s’est rendue en Érythrée au mois de mars, a bien rencontré le président Issayas Afeworki pour s’assurer que le pays s’engageait à mettre en œuvre des réformes démocratiques dans les trois à cinq années à venir. Mais la promesse a déjà été faite à de multiples reprises dans le passé. Sans aucun changement. « L’argent va être capté par l’armée, le ‘Front populaire pour la démocratie et la justice’, l’unique parti du pays et l’entourage du président, prévient Alain Gascon. Le régime va se servir à la louche et les Érythréens ramasseront les miettes à la petite cuillère, comme à chaque fois », regrette-t-il.

La situation n’est en effet pas inédite. En 2009, RSF avait déjà dénoncé un financement accordé par le FED à l’Érythrée, alors même que la situation de plusieurs prisonniers politiques s’était considérablement aggravée et que les autorités arrêtaient de nouveau des journalistes.

Dans un pays où le pouvoir prive ses habitants de toute liberté, la seule solution reste la fuite. « Ce qu’ils recherchent, c’est de se réfugier dans la première démocratie sur leur chemin », explique le journaliste Léonard Vincent. Un comble pour l’Europe qui, en finançant davantage cette dictature, prend le risque de voir toujours plus de migrants érythréens débarquer sur ses rives.

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